Future mère prenant un temps calme de création

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Art-thérapie et périnatalité : grossesse, post-partum, lien mère-bébé

On raconte volontiers la grossesse comme une parenthèse lumineuse, et l’arrivée d’un bébé comme un bonheur sans ombre. La réalité est plus contrastée. Peurs qui s’invitent la nuit, corps qui ne ressemble plus à rien de connu, larmes sans raison apparente au retour de la maternité… L’art-thérapie en périnatalité propose autre chose qu’un discours rassurant : un espace concret où déposer, par la peinture, le collage ou l’écriture, ce qui ne trouve pas encore de mots.

Vous attendez un enfant et vous vous sentez submergée ? Vous avez accouché il y a quelques semaines et quelque chose coince, sans que vous arriviez à dire quoi ? Cet article passe en revue ce que la création permet pendant la grossesse, après la naissance, dans le lien au bébé — et dans les situations les plus douloureuses, comme le deuil périnatal. Avec une boussole constante : l’art-thérapie accompagne, elle ne remplace jamais un suivi médical.

La périnatalité, une traversée émotionnelle sous-estimée

En périnatalité, l’art-thérapie accompagne la grossesse, le post-partum et parfois le deuil périnatal. Créer permet de déposer les émotions ambivalentes de cette période — joie, peur, fatigue, vertige du lien — quand les mots manquent. Elle complète le suivi médical et psychologique, sans jamais le remplacer.

La périnatalité désigne toute la période qui entoure la naissance : la grossesse, l’accouchement et les premiers mois de vie du bébé. Une période charnière où tout bouge en même temps — le corps, l’identité, le couple, le sommeil, le travail. Et pendant laquelle on attend des mères qu’elles rayonnent.

Les chiffres racontent autre chose. Selon l’Enquête nationale périnatale 2021, menée auprès de plus de 7 000 femmes et analysée par Santé publique France, 16,7 % des femmes présentent une dépression du post-partum deux mois après l’accouchement, et 27,6 % rapportent des manifestations anxieuses. Pendant la grossesse elle-même, environ une femme sur huit traverse une détresse psychologique.

Une mère sur six, donc. Ce n’est pas marginal. Mais ces vécus restent difficiles à dire, coincés entre la culpabilité — « je devrais être heureuse » — et la peur d’être jugée mauvaise mère. Beaucoup de femmes se taisent, sourient en consultation, puis s’effondrent une fois la porte refermée.

C’est exactement là que la médiation artistique trouve sa place : offrir un canal d’expression qui ne passe ni par le récit frontal, ni par le « tout va bien » de façade.

Pourquoi créer, quand les mots se dérobent ?

L’art-thérapie est une approche de soin qui utilise le processus créatif à des fins thérapeutiques. Aucun talent artistique n’est requis : ce qui compte n’est jamais la beauté de la production, mais ce qui se passe pendant qu’on la fabrique. « L’art-thérapie offre un espace précieux : celui de dire sans parler, de dire sans dire « je », et même de dire l’indicible », comme le formule le polycopié Artévie (Module 1).

En périnatalité, cette voie détournée change presque tout. Dire à voix haute « il m’arrive de regretter ma vie d’avant » est quasi impossible en face à face. Le déposer dans un collage, à travers une image choisie parmi des dizaines d’autres, l’est beaucoup plus. La production fait écran protecteur : on parle d’elle, pas directement de soi. Les art-thérapeutes nomment cela la fonction d’expression — projeter symboliquement ses conflits internes pour diminuer l’anxiété et gagner en conscience de soi.

La recherche va dans le même sens. Le rapport publié en 2019 par l’Organisation mondiale de la santé, qui synthétise plus de 900 études, conclut que les activités artistiques ont une influence positive mesurable sur la santé mentale. Il cite notamment des travaux où des séances de chant en groupe ont accéléré la diminution des symptômes dépressifs chez de jeunes mères — un exemple qui touche directement la période post-natale.

Et une règle structure l’ensemble : l’art-thérapeute ne juge pas, n’interprète pas vos productions. Il accompagne le processus, dans une lecture symbolique et jamais analytique. Vous ne serez pas « décodée » à votre insu.

Pendant la grossesse : faire de la place à ce qui vient

Neuf mois, c’est à la fois très long et très court. Le temps d’une métamorphose physique, hormonale et identitaire que peu d’autres expériences égalent. L’art-thérapie pendant la grossesse ne cherche pas à « préparer » au sens technique, comme le ferait un cours de préparation à l’accouchement. Elle ouvre un temps pour soi, à un moment où tout le monde ne parle déjà plus que du bébé.

Apprivoiser un corps et une identité qui changent

Travailler autour de la silhouette, peindre à l’aquarelle les sensations d’une journée, modeler une forme qui grandit… Ces gestes simples permettent d’accueillir les ambivalences — joie et appréhension, impatience et nostalgie — sans avoir à les justifier. Les peurs liées à l’accouchement trouvent aussi un exutoire : mises en couleur, elles deviennent moins envahissantes. C’est l’un des terrains où la création aide à apaiser l’anxiété par la création, en redonnant la main sur ce qui semblait déborder.

Le journal créatif de grossesse

Un carnet, des feutres, quelques images découpées : le journal créatif est probablement l’outil le plus accessible de la période. On y mélange écriture spontanée, croquis et collage, sans souci du résultat. Les travaux du psychologue James Pennebaker, cités dans les supports de formation Artévie, montrent qu’écrire 15 minutes par jour pendant quatre jours consécutifs produit des bénéfices psychologiques mesurables jusqu’à quatre mois plus tard. Pas mal, pour un simple carnet. Et il restera, plus tard, comme la trace sensible de cette traversée.

Le post-partum : déposer ce qui déborde

Distinguons d’abord deux réalités. Le baby-blues touche une majorité de jeunes mères dans les jours qui suivent la naissance : pleurs, irritabilité, hypersensibilité, qui s’estompent spontanément en une à deux semaines. La dépression du post-partum, elle, s’installe et dure. Tristesse persistante, épuisement qui ne cède pas au repos, sentiment d’être une mère défaillante, parfois difficulté à s’attacher au bébé. Dans ce second cas, le premier réflexe doit être médical : médecin traitant, sage-femme, PMI. L’art-thérapie vient en complément, jamais à la place.

Ce qu’elle apporte alors tient beaucoup à ce que les polycopiés Artévie appellent la fonction de contenance et de sécurisation : la structure de la séance, les matériaux et la présence bienveillante du thérapeute créent un espace contenant, où explorer ses ressentis sans danger. Quand la vie quotidienne est morcelée par les réveils nocturnes et les biberons, une heure cadrée, rien que pour soi, avec un début, un déroulé et un rituel de fin, a déjà en soi un effet réorganisateur.

Concrètement, les séances s’adaptent à la fatigue : dispositifs courts de 20 à 45 minutes, médiums peu exigeants comme le collage — « une introduction non intimidante » pour les personnes réticentes, selon les supports de l’école —, aucune obligation de parler à la fin. On vient comme on est, parfois avec les cheveux non lavés et trois heures de sommeil. Et c’est très bien ainsi.

« Après la naissance de ma deuxième fille, je pleurais tous les soirs sans savoir pourquoi. Parler, je n’y arrivais pas — j’avais trop honte. Alors j’ai découpé des images, j’ai collé, séance après séance. Un jour, j’ai vu que je venais de faire une maison sans porte, et j’ai compris que c’était moi. On a pu commencer à travailler à partir de là. Je ne dirais pas que tout est réglé, mais je dors mieux et j’ose enfin demander de l’aide. »

Marion, 36 ans, ancienne contrôleuse de gestion, Angers

Créer avec son bébé : soutenir le lien naissant

Le lien mère-bébé ne tombe pas du ciel à la seconde de la naissance, contrairement à ce que laisse croire l’imagerie des magazines. Il se tisse, il hésite, il se répare parfois. Certaines séances d’art-thérapie accueillent la dyade mère-bébé : on y chante des berceuses que l’on illustre ensuite, on trace les rythmes du bébé en couleurs, on garde l’empreinte d’une main minuscule à côté de la sienne.

Pourquoi ça fonctionne ? Parce que la création introduit un tiers entre la mère et l’enfant. Au lieu d’un face-à-face parfois anxiogène — ce bébé qui pleure et qu’il faudrait « réussir » —, il y a un objet commun, une trace partagée. La formation Artévie insiste sur cette place du support : « Le médium fait tiers, ainsi que le thérapeute. […] Le thérapeute fait ainsi office de placenta », comme le formule le polycopié Artévie (Module 2). L’image est forte, et particulièrement juste en périnatalité : le praticien nourrit et protège la relation, sans jamais s’y substituer.

C’est aussi la fonction relationnelle de l’art-thérapie : créer ou restaurer un lien — au thérapeute, au groupe, à soi-même, et ici au bébé. Pour les mères isolées, les ateliers collectifs de jeunes parents ajoutent une dimension précieuse : se découvrir moins seule que prévu.

Le deuil périnatal : accompagner ce qui n’a pas eu lieu

Fausse couche, interruption médicale de grossesse, enfant mort-né, décès néonatal. Ces deuils ont une particularité cruelle : ils sont souvent invisibles socialement. L’entourage, démuni, presse de « passer à autre chose » ou d’« en refaire un ». Or il n’y a parfois ni photo, ni faire-part, ni tombe — presque aucun support social pour dire que cet enfant a existé.

La création peut offrir ce support manquant. Fabriquer une boîte de souvenirs, écrire une lettre qui ne sera jamais postée, peindre une place pour cet enfant dans l’histoire familiale : autant de manières de donner une existence symbolique à ce qui n’a pas pu en avoir une. Rien n’est imposé, rien n’est forcé. Chaque geste vient à son heure, ou ne vient pas. Nous avons consacré un article entier à l’art-thérapie dans l’accompagnement du deuil, qui détaille ces cheminements.

Sur le format, les supports de formation Artévie décrivent des suivis courts de 5 à 10 séances, à durée décidée à l’avance, avec une visée de soutien et de stabilisation. Un exemple cité en formation : un cycle de 8 séances de peinture pour une femme endeuillée, la dernière séance servant de rituel de clôture. Ce cadre temporel n’a rien d’anodin — savoir que le chemin a un début et une fin rend la traversée moins vertigineuse.

Un dispositif concret : la visualisation corporelle

Parmi les dispositifs enseignés chez Artévie, la visualisation corporelle se prête particulièrement bien à la périnatalité. Comptez 30 à 45 minutes, de l’aquarelle, et un schéma corporel imprimé. Le déroulé :

  • Fermer les yeux quelques minutes et suivre mentalement le trajet de sa respiration dans le corps : sa couleur, son intensité, les endroits où elle circule mal.
  • Reporter ensuite ces sensations à l’aquarelle sur le schéma corporel — zones fluides, zones de tension, zones muettes.
  • Prendre un temps de retour verbal avec l’art-thérapeute, sans obligation de tout commenter.

Le polycopié d’introduction le signale comme efficace en séance individuelle, notamment pour les personnes accablées de pensées négatives. Pour une femme enceinte, l’exercice a un intérêt supplémentaire : réhabiter un corps souvent réduit, pendant neuf mois, à sa dimension médicale — mesuré, pesé, monitoré. Ici, personne ne mesure rien. On écoute, on colore, on se réapproprie.

À quoi ressemble un accompagnement en périnatalité ?

Tout commence par un entretien préliminaire : accueil, écoute de la demande, visite de l’atelier, explication des règles. Vient ensuite un contrat thérapeutique qui fixe le rythme, la durée, les objectifs et les médiums. Les séances durent en général 1 h à 1 h 30, une fois par semaine ou tous les 15 jours. En cabinet libéral, comptez le plus souvent entre 50 et 80 € la séance ; certains praticiens se déplacent à domicile, une option précieuse quand sortir avec un nourrisson relève de l’expédition.

Ce formalisme peut surprendre. Il protège, en réalité. « Le cadre est à la fois un contenant et un garant », rappelle le polycopié Artévie (Module 2) : c’est dans ce cadre stable que quelque chose peut se transformer, surtout à une période où tout le reste vacille. Un praticien sérieux se reconnaît à cela — et à sa capacité à travailler avec les professionnels de santé qui vous entourent, sage-femme comprise.

Je le constate régulièrement chez nos élèves en reconversion : beaucoup viennent à ce métier après leur propre maternité, précisément parce qu’elles ont mesuré ce qui manquait dans l’accompagnement émotionnel des jeunes mères. La périnatalité est d’ailleurs l’un des champs d’intervention étudiés lorsqu’on choisit de devenir art-thérapeute, aux côtés du travail avec les enfants, les adolescents ou les personnes âgées. Un métier exigeant, supervisé, encadré par une déontologie stricte — et profondément utile.

Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé. En cas de symptômes dépressifs pendant la grossesse ou après l’accouchement, parlez-en sans attendre à votre médecin, votre sage-femme ou votre PMI.

FAQ

  • L’art-thérapie est-elle sans danger pendant la grossesse ?

Oui, dans son principe : dessiner, coller, écrire ou modeler sont des activités douces, sans contre-indication particulière. Les praticiens veillent simplement au confort d’installation et à l’utilisation de matériaux non toxiques. Signalez toujours votre grossesse à l’art-thérapeute, et tenez votre sage-femme ou votre médecin informés de vos accompagnements.

  • Combien de séances prévoir en périnatalité ?

Beaucoup d’accompagnements périnataux prennent la forme de suivis courts : 5 à 10 séances environ, à raison d’une séance de 1 h à 1 h 30 par semaine ou tous les 15 jours. La durée se décide dès le départ avec le praticien, et peut être réajustée d’un commun accord.

  • Peut-on venir en séance avec son bébé ?

Cela dépend du cadre posé par le praticien et de l’objectif du travail. Certaines séances sont pensées pour la dyade mère-bébé et l’accueillent explicitement ; d’autres visent au contraire à préserver un temps pour la mère seule. Les deux formules ont leur intérêt — posez la question dès le premier contact.

  • L’art-thérapie soigne-t-elle la dépression post-partum ?

Non. La dépression du post-partum est une pathologie qui relève d’un diagnostic et d’un suivi médical — médecin, psychiatre, psychologue, selon les situations. L’art-thérapie peut soutenir ce parcours de soin, en offrant un espace d’expression complémentaire, mais elle ne le remplace jamais.

  • Faut-il savoir dessiner pour participer ?

Pas du tout. En art-thérapie, ce n’est ni le talent ni le résultat esthétique qui comptent, mais le processus de création lui-même. Un gribouillis sincère vaut mieux qu’une jolie image de façade — et personne ne notera votre production.

  • Qui consulter en priorité quand on se sent mal après l’accouchement ?

Votre médecin traitant, votre sage-femme ou la PMI de votre secteur, qui connaissent l’entretien postnatal précoce et les outils de repérage. Si des idées noires apparaissent, contactez sans attendre le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24 h/24.

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