L’art-thérapie est-elle remboursée ? Mutuelles, dispositifs et cas particuliers
Par Valérie Fabre
TEMPS DE LECTURE : 8 minutesDisons-le d’emblée, parce que vous êtes venu chercher une réponse claire : non, il n’existe aucun remboursement de l’art-thérapie par la Sécurité sociale dans le droit commun. Aucune carte Vitale ne passe à la fin d’une séance en cabinet. Mais ce « non » de départ cache une réalité bien plus nuancée — et souvent plus favorable qu’on ne le croit.
Entre les forfaits médecines douces des mutuelles, les séances intégrées aux soins à l’hôpital, les ateliers associatifs subventionnés et les structures qui accueillent gratuitement enfants et adolescents, une bonne partie des personnes accompagnées en art-thérapie ne paie pas le tarif plein. Encore faut-il savoir où chercher. C’est exactement ce que nous allons passer en revue, dispositif par dispositif, sans rien vous promettre qui n’existe pas.
L’art-thérapie n’est pas remboursée par l’Assurance maladie : le titre d’art-thérapeute n’est pas une profession de santé réglementée. Certaines mutuelles la prennent en charge au titre des « médecines douces », et les séances menées à l’hôpital ou en institution sont parfois intégrées, sans reste à charge, au projet de soin.
La raison tient en une phrase : l’Assurance Maladie rembourse des actes inscrits à sa nomenclature, réalisés par des professions de santé réglementées. Or l’art-thérapeute n’est pas une profession de santé au sens du Code de la santé publique. Pas de numéro ADELI spécifique, pas d’acte codifié, pas de convention avec l’Assurance Maladie. Le métier existe, il est référencé — France Travail lui consacre une fiche MétierScope, l’hôpital l’emploie —, mais il ne relève pas du régime des soins remboursables.
Est-ce que cela veut dire que la discipline n’est pas sérieuse ? Non. « L’art-thérapie peut être définie comme une approche de soin qui utilise le processus créatif à des fins thérapeutiques », comme le formule le polycopié Artévie (Module 1). Une approche de soin, donc — mais complémentaire. Elle accompagne un suivi médical ou psychologique, elle ne le remplace jamais. Si vous découvrez la discipline, notre article sur ce qu’est l’art-thérapie pose les bases avant d’entrer dans les questions d’argent.
Conséquence pratique : en cabinet libéral, l’art-thérapeute fixe ses honoraires librement, en accord avec la personne accompagnée, comme le prévoit son code de déontologie. Et c’est vous qui réglez. Sauf — et c’est là que ça devient intéressant — dans toute une série de situations que nous allons détailler.
Mon soutien psy : le dispositif qui sème la confusion
Depuis quelques années, on me pose sans arrêt la même question en réunion d’information : « Et le dispositif des séances psy remboursées, ça marche pour l’art-thérapie ? » La réponse est non, et il vaut mieux le savoir avant de s’engager.
Mon soutien psy, porté par l’Assurance Maladie, permet de bénéficier de séances chez un psychologue à 50 €, remboursées à 60 % par la Sécurité sociale — le reste étant généralement couvert par la complémentaire santé. Le dispositif ouvre droit à 12 séances par année civile (un entretien d’évaluation puis jusqu’à 11 séances de suivi), dès l’âge de 3 ans, pour les souffrances psychiques d’intensité légère à modérée. Depuis juin 2024, on peut même consulter sans passer d’abord par un médecin.
Mais — et c’est le point décisif — seuls les psychologues conventionnés avec l’Assurance Maladie, justifiant notamment de trois ans de pratique, peuvent proposer ces séances. Un art-thérapeute, aussi compétent soit-il, n’entre pas dans le dispositif. Une seule exception logique : le praticien qui cumule les deux casquettes, psychologue conventionné et art-thérapeute. Dans ce cas, les séances remboursées relèvent de sa pratique de psychologue ; les séances d’art-thérapie proprement dites, elles, restent hors dispositif. La frontière entre ces métiers mérite d’ailleurs d’être bien comprise : c’est tout l’objet de notre page sur le métier d’art-thérapeute et son cadre d’exercice.
Mutuelles : le vrai levier de remboursement de l’art-thérapie
C’est ici que se joue l’essentiel pour les séances en cabinet. De plus en plus de complémentaires santé proposent un forfait « médecines douces », « pratiques non conventionnées » ou « bien-être ». Le principe : la mutuelle prend en charge un montant par séance (souvent 20 à 40 €), dans la limite d’un plafond annuel (couramment 100 à 300 €, parfois davantage sur les contrats haut de gamme). L’art-thérapie figure dans la liste des pratiques couvertes chez certains organismes ; chez d’autres, non. Il n’y a aucune règle générale — tout est contractuel.
Comment vérifier ce que couvre votre contrat
Ne vous fiez pas aux tableaux de garanties résumés, qui se contentent souvent d’un vague « médecines complémentaires ». Trois réflexes :
- appelez votre mutuelle et demandez explicitement si « l’art-thérapie » figure parmi les pratiques prises en charge — le mot exact compte ;
- demandez le montant par séance, le nombre de séances et le plafond annuel ;
- vérifiez les conditions exigées côté praticien : certaines mutuelles demandent un numéro SIRET, une certification ou l’inscription dans un annuaire professionnel.
La note d’honoraires, votre sésame
Pour être remboursé, il vous faudra une note d’honoraires en bonne et due forme : date, montant, mention « séance d’art-thérapie », coordonnées et SIRET du praticien. Tout art-thérapeute installé sérieusement la fournit sans difficulté. Je le dis aussi à mes élèves qui s’installent : proposez-la systématiquement, sans attendre qu’on vous la réclame. C’est un petit geste administratif qui, pour la personne accompagnée, peut représenter 100 ou 200 € récupérés sur l’année.
Concrètement, voici ce que cela donne chez une personne bien couverte :
« Ma mutuelle a un forfait de 160 euros par an pour les pratiques non conventionnées, je l’ignorais complètement avant d’appeler. J’envoyais la note d’honoraires en photo depuis l’appli après chaque séance, et je récupérais 40 euros à chaque fois, quatre fois dans l’année. Sur mes séances à 60 euros, il me restait 20 euros de ma poche. Ça n’a pas tout changé, mais c’est ce qui m’a permis de tenir les huit séances au lieu d’arrêter à quatre. »
Sophie, 39 ans, ancienne comptable, Clermont-Ferrand
À l’hôpital et en institution : des séances sans reste à charge
Voici le cas de figure le plus méconnu, et pourtant le plus répandu. Quand l’art-thérapie est proposée au sein d’un établissement — hôpital psychiatrique ou général, hôpital de jour, EHPAD, centre de rééducation, CMP —, les séances font partie du projet de soin de la structure. L’art-thérapeute y travaille en équipe pluridisciplinaire, sur prescription ou sur indication de l’équipe, et la personne accompagnée ne débourse rien de plus que sa prise en charge habituelle.
C’est vrai en psychiatrie, en gériatrie — je pense à ces groupes de peinture hebdomadaires en gérontologie que nous étudions en formation, pensés pour stimuler la mémoire affective de patients atteints d’Alzheimer. Et c’est vrai en oncologie, où la discipline s’inscrit dans les soins de support proposés autour des traitements. Nous avons consacré un article complet à l’art-thérapie à l’hôpital, notamment en cancérologie : si vous êtes concerné, demandez simplement à l’équipe soignante quels ateliers existent dans votre établissement. Beaucoup de patients passent à côté faute d’avoir posé la question.
Un mot de contexte, pour mesurer pourquoi les établissements s’y mettent : en 2019, l’Organisation mondiale de la santé a publié un rapport de synthèse s’appuyant sur plus de 900 études, concluant que les activités artistiques ont une influence positive mesurable sur la santé, de la naissance à la fin de vie. Ce n’est pas un remboursement, bien sûr. Mais c’est ce qui pousse, année après année, davantage de services à intégrer des ateliers de médiation artistique dans leurs parcours de soin.
Associations, centres sociaux, dispositifs locaux : les pistes discrètes
En dehors du soin, tout un tissu associatif finance des ateliers d’art-thérapie ou de médiation artistique. Les grandes associations d’abord : la Croix-Rouge ou le Secours catholique, par exemple, accueillent des art-thérapeutes auprès de publics fragilisés — personnes isolées, en insertion, femmes victimes de violences. Les associations de patients ensuite, qui proposent régulièrement des ateliers offerts ou à prix symbolique à leurs adhérents. Les centres sociaux et maisons de quartier enfin, dont les ateliers collectifs sont subventionnés par les communes ou les CCAS.
Dans ces structures, l’intervenant est rémunéré directement par l’organisme — généralement 20 à 50 € de l’heure, ou 100 à 300 € la journée d’intervention. Pour le participant, cela se traduit par une adhésion annuelle modique, une participation de quelques euros par atelier, ou rien du tout. Soyons honnête sur un point : dans ces cadres collectifs et moins formels, on est parfois davantage dans la médiation artistique à visée de bien-être que dans une démarche thérapeutique individuelle au sens strict. Ce n’est ni mieux ni moins bien. C’est un autre niveau d’accompagnement, et pour beaucoup de personnes, c’est une excellente porte d’entrée.
Enfants, adolescents, situations particulières : des accès souvent gratuits
Pour les enfants et les adolescents, la question du remboursement se pose différemment, parce que les lieux qui les accueillent sont très souvent publics ou financés. Un enfant suivi en CMPP ou en CMP peut y rencontrer un art-thérapeute sans frais pour la famille. Même logique dans les IME et les instituts spécialisés, où la médiation artistique fait partie du projet d’accompagnement, ou à l’hôpital de jour pédiatrique. Certaines écoles, enfin, ouvrent leurs portes à des ateliers financés sur projet.
Les délais d’attente de ces structures publiques sont réels, parfois longs de plusieurs mois. C’est souvent ce qui pousse les familles vers le libéral, à leurs frais — d’où l’intérêt de vérifier le forfait mutuelle en parallèle. Et rappelons la vocation large de la discipline : « L’art-thérapie s’adresse à toute personne (enfants, adolescents, adultes, séniors) qui souhaite stimuler sa créativité et nourrir son imaginaire », comme le formule le polycopié Artévie (Module 0). Toute personne — mais pas au même prix selon la porte par laquelle on entre.
En pratique : 5 étapes pour réduire votre reste à charge
Résumons la démarche, dans l’ordre où je conseille de la mener :
- 1. Si vous êtes déjà suivi médicalement, demandez à l’équipe soignante ou à votre médecin si des ateliers d’art-thérapie existent dans votre parcours (service hospitalier, soins de support, CMP) : c’est la piste la plus économique.
- 2. Appelez votre mutuelle et posez la question avec le mot exact « art-thérapie » : montant par séance, plafond annuel, justificatifs demandés.
- 3. Sondez le tissu local : associations de patients, centres sociaux, maisons de quartier, CCAS. Un simple appel à la mairie permet souvent de découvrir un atelier subventionné à deux rues de chez soi.
- 4. Comparez les formats : un atelier de groupe coûte plusieurs fois moins cher qu’un suivi individuel, et le groupe a ses vertus propres.
- 5. En libéral, demandez la note d’honoraires dès la première séance et transmettez-la à votre complémentaire au fil de l’eau, sans attendre la fin de l’accompagnement.
Au final, quel budget faut-il prévoir ?
Sans aucune aide, une séance individuelle en cabinet se situe entre 50 et 80 €, et un accompagnement court — 5 à 10 séances, une par semaine ou par quinzaine — représente donc 250 à 800 € au total. Avec un bon forfait mutuelle, ce budget peut fondre d’un quart à un tiers. En institution ou en association, il peut tomber à zéro. Pour le détail des fourchettes par format, la durée réelle des séances et les questions à poser avant de vous engager, je vous renvoie à notre article dédié qui explique combien coûte une séance d’art-thérapie.
Un dernier mot, parce que la question financière ne doit pas faire oublier le fond. L’art-thérapie n’est pas une dépense de confort qu’on empile sur d’autres : c’est un accompagnement structuré, borné dans le temps, avec un objectif discuté dès le départ. « L’art-thérapie ne vise pas à ramener le patient à un état antérieur, mais à l’aider à se reconstruire autrement », comme le formule le polycopié Artévie (Module 0). Ce chemin-là a un coût, rarement remboursé dans sa totalité. Mais il a aussi un début, une fin, et des points d’étape — ce qui en fait un budget que l’on peut décider, préparer et maîtriser.
Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ
- L’art-thérapie est-elle prise en charge par la Sécurité sociale ?
Non, il n’existe pas de remboursement de droit commun : l’art-thérapeute n’est pas une profession de santé conventionnée et ses séances ne figurent pas à la nomenclature de l’Assurance Maladie. Les séances proposées au sein d’un établissement de soin sont en revanche intégrées à la prise en charge, donc sans frais directs.
- Quelles mutuelles remboursent l’art-thérapie ?
Il n’existe pas de liste stable : les garanties évoluent chaque année et varient selon les contrats d’un même organisme. Cherchez un forfait « médecines douces » ou « pratiques non conventionnées » et demandez explicitement si l’art-thérapie y figure, avec le montant par séance et le plafond annuel.
- Mon soutien psy couvre-t-il les séances d’art-thérapie ?
Non. Ce dispositif rembourse jusqu’à 12 séances par an à 50 € chez un psychologue conventionné avec l’Assurance Maladie. Les art-thérapeutes n’y sont pas éligibles, sauf s’ils sont eux-mêmes psychologues conventionnés — et dans ce cas, c’est leur pratique de psychologue qui est remboursée, pas leurs séances d’art-thérapie.
- Combien coûte une séance d’art-thérapie sans remboursement ?
Comptez 50 à 80 € en cabinet libéral pour 1 h à 1 h 30, 50 à 90 € à domicile, et beaucoup moins en atelier collectif — parfois quelques euros quand la structure est subventionnée. Un suivi court complet, de 5 à 10 séances, représente 250 à 800 € en individuel.
- L’art-thérapie est-elle gratuite à l’hôpital ?
Quand un service la propose — psychiatrie, oncologie, gériatrie, pédiatrie —, elle s’inscrit dans le projet de soin et ne donne pas lieu à facturation supplémentaire pour le patient. Le réflexe utile : demander à l’équipe soignante quels ateliers de médiation artistique existent dans l’établissement.
Pour aller plus loin
- Remboursement de séances chez le psychologue : le dispositif Mon soutien psy — Assurance Maladie (ameli.fr)
- Arts et santé : le rapport de l’OMS sur les bienfaits des activités artistiques — ONU Info