Musicothérapeute : formation, salaire et débouchés
Par Valérie Fabre
TEMPS DE LECTURE : 8 minutesVous jouez d’un instrument depuis des années, ou vous chantez, et une idée revient sans cesse : faire de la musique un métier qui aide. Alors, comment devenir musicothérapeute ? Quelle formation suivre, à quel salaire s’attendre, où travailler ? Et la question que tout le monde se pose sans oser la formuler : peut-on vraiment en vivre ?
La vérité, c’est que le chemin est moins balisé que pour les métiers du soin classiques. Pas de diplôme d’État, des cursus très différents les uns des autres, des statuts multiples. Du coup, mieux vaut partir avec une carte précise. Formations universitaires, rémunérations constatées sur le terrain, lieux d’exercice, compétences attendues : voici ce qu’il faut savoir avant de vous lancer. Y compris une voie voisine, celle de l’art-thérapeute, qui mérite d’être posée sur la table.
Musicothérapeute : un métier du soin, pas un métier de scène
Pour devenir musicothérapeute, on suit une formation spécialisée (diplômes universitaires ou organismes reconnus par les fédérations), souvent sur deux à trois ans. Aucun titre d’État n’existe. Le musicothérapeute exerce en institution, à l’hôpital ou en libéral ; salarié, sa rémunération se situe autour de 1 900 à 2 500 € brut.
Le musicothérapeute utilise le son, le rythme et la voix comme médiation thérapeutique. Son objectif n’est jamais d’apprendre la musique à quelqu’un, ni de produire un beau morceau. Il s’agit d’ouvrir un canal d’expression à des personnes pour qui les mots sont difficiles, douloureux, parfois hors d’atteinte. « L’art-thérapie offre un espace précieux : celui de dire sans parler, de dire sans dire « je », et même de dire l’indicible. », comme le formule le polycopié Artévie (Module 1). Remplacez le pinceau par un tambour, un bol chantant ou une improvisation vocale, et vous tenez l’esprit de la musicothérapie.
Concrètement, le praticien reçoit des personnes autistes, des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, des adolescents en souffrance psychique, des adultes anxieux ou en rupture de lien. Il travaille sur prescription en institution, ou en accès direct en cabinet. Si vous voulez d’abord creuser la discipline elle-même, son histoire et ses indications, nous avons consacré un article complet à ce qu’est la musicothérapie. Ici, on parle métier : qui l’exerce, comment on y arrive, et ce qu’on y gagne. Pour une version courte, notre lexique propose aussi une définition de musicothérapeute en quelques lignes.
Réceptive ou active : deux grandes manières de pratiquer
La musicothérapie dite réceptive passe par l’écoute : des extraits choisis en fonction de l’état de la personne, un temps de détente, un échange sur ce qui a résonné. Elle est très utilisée auprès des personnes âgées, où une chanson des années 1960 réveille parfois des souvenirs que la conversation n’atteint plus. La musicothérapie active, elle, met l’instrument dans les mains du patient : percussions, instruments simples, improvisation, chant. Beaucoup de praticiens croisent les deux selon les séances. Et la voix occupe une place à part dans cette palette — nous avons détaillé le travail de la voix dans un article dédié, car chanter ou simplement laisser sortir un son engage le corps entier.
Un titre non protégé : à savoir avant de se lancer
Le titre de musicothérapeute n’est pas réglementé en France. Rien n’interdit, légalement, de l’imprimer demain matin sur une carte de visite. Pas de diplôme d’État, pas d’ordre professionnel, pas de numéro d’enregistrement obligatoire. Cette situation vaut d’ailleurs pour l’ensemble des métiers de la médiation artistique.
Qu’est-ce que ça change pour vous ? Tout, en réalité. Puisque aucun titre ne protège le métier, c’est votre parcours qui construit votre légitimité : le sérieux de la formation suivie, le volume d’heures de pratique clinique encadrée, l’adhésion à un code de déontologie, et la supervision régulière de votre pratique. Sur ce dernier point, le polycopié Artévie est sans ambiguïté : « Être supervisé est un point essentiel inhérent à toutes les pratiques du champ de la thérapie » (Module 1). Les recruteurs en institution ne s’y trompent pas : à candidature égale, ils regardent les stages, les heures, le mémoire clinique. Pas la plaquette.
Bref : le métier existe, il s’exerce partout en France, mais c’est à vous d’en construire la crédibilité, pièce par pièce.
Quelles études pour devenir musicothérapeute ?
Trois pôles universitaires structurent la formation en France, tous en diplôme d’université (DU), accessibles en formation continue :
- Université Paul-Valéry Montpellier 3 : un DU de 1er niveau sur deux ans (musicothérapie active et réceptive, psychiatrie, psychologie, neuro-musicologie, avec 665 heures de pratique clinique encadrée), complété par un DU de 2e niveau sur un an.
- Nantes Université, avec l’Institut de musicothérapie de Nantes : un cursus sur trois années universitaires, 1 358 heures au total, reconnu par la Fédération Française de Musicothérapie et aligné sur les référentiels européens du métier.
- Université Toulouse – Jean Jaurès : un DU orienté vers la conception et l’animation de séances ou d’ateliers, en institution comme en libéral.
Partout, on vous demandera une pratique musicale solide — pas forcément un prix de conservatoire, mais une vraie familiarité avec un instrument ou la voix. Les promotions mélangent des musiciens, des soignants (infirmiers, psychomotriciens, orthophonistes) et des personnes en reconversion. La Société Française de Musicothérapie recense d’ailleurs les centres de formation qu’elle reconnaît : c’est un bon filtre de départ quand on compare les cursus.
La voie de l’art-thérapie généraliste
Il existe un autre chemin, que beaucoup de candidats découvrent en cours de route : se former au métier d’art-thérapeute, c’est-à-dire à une pratique qui mobilise plusieurs médiations — arts plastiques, écriture, collage, modelage, son et voix. L’avantage est concret. Face à un patient que la musique intimide, l’art-thérapeute passe au dessin. Face à un groupe d’adolescents qui refuse le pinceau, il sort les percussions. Le praticien adapte le médium à la personne, jamais l’inverse. Si cette polyvalence vous parle, notre page sur les métiers de la médiation artistique détaille le parcours, les prérequis et les étapes pour s’installer.
Les compétences qui comptent vraiment
On imagine souvent que le cœur du métier, c’est la virtuosité. Faux. Un musicothérapeute médiocre pianiste mais fin clinicien accompagnera mieux qu’un concertiste sans posture thérapeutique. Voici ce qui fait réellement la différence :
- Une pratique artistique personnelle régulière. C’est même une exigence déontologique chez Artévie : on ne peut pas accompagner un processus créatif qu’on ne traverse plus soi-même.
- L’écoute et l’empathie sans pathos. Accueillir ce qui se joue dans une improvisation, sans s’identifier ni surinterpréter.
- La capacité à poser un cadre et à le tenir. Horaires, durée, règles de l’atelier : c’est le cadre qui rend la séance thérapeutique, pas l’instrument.
- Des bases en psychopathologie. Savoir à qui l’on a affaire, repérer ce qui dépasse ses compétences, orienter vers le médecin ou le psychologue quand il le faut.
- Le goût du travail en équipe. En institution, le musicothérapeute rend compte, participe aux réunions pluridisciplinaires, inscrit ses séances dans le projet de soin.
Les formations sérieuses transmettent aussi une grille de lecture des effets recherchés. Chez Artévie, elle passe par sept fonctions thérapeutiques — expression, contenance, symbolisation, développement de la créativité, fonction relationnelle, catharsis, transformation — qui guident le choix des activités séance après séance. Une improvisation collective aux percussions ne vise pas la même chose qu’une écoute allongée : dans un cas on travaille le lien, dans l’autre la sécurisation.
Où exerce un musicothérapeute ? Lieux, publics, formats
Les terrains d’exercice sont plus variés qu’on ne le croit : hôpitaux psychiatriques et généraux, services de gériatrie et de soins palliatifs, néonatologie, EHPAD, instituts médico-éducatifs, CMP et CATTP, foyers de vie, associations d’accompagnement de la maladie ou du deuil, écoles, et bien sûr le cabinet libéral ou les interventions à domicile. Certains praticiens montent aussi des ateliers en entreprise autour de la gestion du stress.
Côté formats, les repères sont proches de ceux de l’art-thérapie : des séances de 1 h à 1 h 30 pour les adultes, de 30 mn à 1 h pour les enfants, une fois par semaine ou tous les 15 jours. Les suivis courts tournent autour de 5 à 10 séances avec un objectif défini à l’avance ; les suivis longs, en psychiatrie ou en libéral, s’étalent sur plusieurs mois. Le travail se fait en individuel ou en petit groupe — et le groupe apporte quelque chose que la séance individuelle ne permet pas : chacun s’entend, littéralement, à travers les autres.
« J’ai animé mon premier atelier dans l’EHPAD où je travaillais de nuit, avec quatre résidents et un simple lecteur CD. Un monsieur qui ne parlait presque plus s’est mis à fredonner du Brassens à la troisième séance, l’équipe n’en revenait pas. Rien de spectaculaire, hein. Mais son regard a changé, et le mien aussi : j’ai su que je voulais en faire mon métier. »
Nathalie, 44 ans, ancienne infirmière, Rennes
Salaire du musicothérapeute : les chiffres réalistes
Parlons argent, sans détour. Les rémunérations du musicothérapeute suivent les mêmes grilles que celles des autres métiers de la médiation artistique. Voici les fourchettes constatées :
- Salarié en institution (hôpital, EHPAD, IME…) : de 1 900 à 2 500 € brut par mois.
- Vacations en institution : de 40 à 70 € brut la séance.
- Cabinet libéral : de 50 à 80 € la séance individuelle.
- Interventions à domicile : de 50 à 90 € la séance.
- Ateliers collectifs en structure sociale ou associative : de 20 à 50 € de l’heure, ou de 100 à 300 € la demi-journée ou la journée d’intervention.
Mais le vrai sujet n’est pas le tarif horaire, c’est le volume. Les postes salariés à temps plein sont rares. La plupart des musicothérapeutes construisent leur activité comme un puzzle : un mi-temps ou des vacations en institution pour la stabilité, quelques patients en cabinet, des ateliers ponctuels en association ou en entreprise. Comptez deux à trois ans pour atteindre un rythme de croisière. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, c’est une information de pilotage : ceux qui échouent sont presque toujours ceux qui n’avaient pas anticipé cette montée progressive.
Un exercice pour sentir la démarche : la danse du crayon
Vous voulez éprouver, chez vous, ce que la musique fait au geste ? Voici un dispositif enseigné dans nos ateliers, la danse du crayon. Il dure une vingtaine de minutes. Choisissez une musique instrumentale qui vous touche. Feuille devant vous, crayon en main, fermez les yeux et laissez le crayon « danser » sur la feuille au rythme de ce que vous entendez — sans chercher à dessiner quoi que ce soit. Quand le morceau se termine, ouvrez les yeux. Cherchez une forme dans l’enchevêtrement des traits, repassez-la, coloriez-la, puis écrivez quelques mots à côté : ce qu’elle évoque, ce qu’elle réveille.
Cet exercice miniature contient tout le métier. La musique met en mouvement, le geste dépose quelque chose sur la feuille, et le temps de verbalisation donne du sens à ce qui a émergé. Aucune compétence en dessin ni en solfège n’est requise : le processus compte, pas le résultat. C’est précisément ce qu’un musicothérapeute orchestre en séance — en y ajoutant ce que l’exercice solitaire ne peut pas offrir : une présence qui accueille, un cadre qui sécurise, un professionnel formé à entendre ce qui se joue.
Musicothérapeute ou art-thérapeute : comment trancher ?
Posez-vous une seule question : est-ce la musique qui vous appelle, ou l’accompagnement par la création en général ? Si votre vie entière passe par le son, la spécialisation en musicothérapie a du sens, et les DU universitaires cités plus haut sont la voie naturelle. Si ce qui vous anime est plus large — aider par le geste créatif, quel qu’il soit —, la formation d’art-thérapeute vous donnera une palette de médiations et davantage de terrains d’exercice. Beaucoup de nos élèves gardent d’ailleurs la musique comme médiation privilégiée au sein d’une pratique plus large. Je l’ai vu chez plusieurs d’entre eux : c’est souvent l’institution qui tranche, en demandant un intervenant capable de s’adapter à des publics très différents dans la même semaine.
Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ
- Quel diplôme faut-il pour devenir musicothérapeute ?
Aucun diplôme n’est légalement obligatoire, le titre n’étant pas réglementé. Dans les faits, les employeurs attendent une formation sérieuse : DU universitaire de musicothérapie (Montpellier, Nantes, Toulouse) ou formation certifiante au métier d’art-thérapeute incluant la médiation sonore, avec stages et supervision.
- Quel est le salaire d’un musicothérapeute en début de carrière ?
En institution, un poste salarié démarre autour de 1 900 € brut par mois. En libéral, la séance individuelle se facture entre 50 et 80 €, mais il faut le temps de constituer une patientèle. La plupart des débutants combinent vacations, ateliers collectifs et quelques suivis individuels.
- Faut-il être un excellent musicien pour devenir musicothérapeute ?
Non. Une pratique musicale régulière et à l’aise est demandée à l’entrée des formations, mais la virtuosité n’est pas le sujet. En séance, ce sont l’écoute, la posture et la capacité à tenir un cadre qui font la qualité de l’accompagnement.
- Quelle est la différence entre un musicothérapeute et un art-thérapeute ?
Le musicothérapeute travaille avec une médiation principale, le son. L’art-thérapeute est formé à plusieurs médiations (arts plastiques, écriture, modelage, voix…) et choisit celle qui convient à chaque personne. Les deux métiers partagent le même socle : cadre thérapeutique, déontologie, supervision.
- La musicothérapie est-elle reconnue scientifiquement ?
La recherche s’accumule. Le rapport publié par l’OMS en 2019, qui synthétise plus de 900 études, conclut que les activités artistiques — musique comprise — ont une influence positive mesurable sur la santé physique et mentale. La musicothérapie accompagne et complète les soins ; elle ne remplace jamais un traitement médical.
Pour aller plus loin
- Diplôme d’université Musicothérapie 1er niveau — Université Paul-Valéry Montpellier 3
- DU Musicothérapie — Nantes Université
- Se former à la musicothérapie — Société Française de Musicothérapie