Séance d'art-thérapie documentée par la recherche

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Que dit la science de l’art-thérapie ? Études, méta-analyses et rapport OMS

Une séance de peinture peut-elle vraiment faire baisser le taux de cortisol mesuré dans la salive ? Longtemps, l’art-thérapie a traîné un procès en légèreté : sympathique, mais pas sérieuse. Les études scientifiques sur l’art-thérapie racontent autre chose. Depuis une vingtaine d’années, essais cliniques, revues systématiques et méta-analyses s’accumulent — avec un point de bascule très net : le rapport publié par l’OMS en novembre 2019, appuyé sur plus de 900 publications.

Cet article fait le tri. Ce que la recherche a établi, ce qu’elle suggère, ce qu’elle n’a pas encore démontré. Si vous découvrez la discipline, commencez plutôt par comprendre ce qu’est l’art-thérapie ; ici, on parle preuves, protocoles et chiffres. Sans jargon. Mais sans raccourcis non plus.

Le rapport OMS de 2019, un point de bascule

Que dit la science de l’art-thérapie ? Le rapport de l’OMS de 2019, fondé sur plus de 900 études, conclut que les arts bénéficient à la santé physique et mentale. Les preuves sont solides sur l’anxiété, la dépression ou l’accompagnement du cancer, plus émergentes ailleurs. La recherche progresse, méthodiquement.

En novembre 2019, le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe publie la synthèse n° 67 de son Health Evidence Network, signée par les chercheuses Daisy Fancourt et Saoirse Finn. Le titre est une question — quelles sont les données probantes sur le rôle des arts dans l’amélioration de la santé et du bien-être ? — et la réponse s’appuie sur plus de 900 publications scientifiques passées au crible, couvrant au total plus de 3 000 études : essais contrôlés randomisés, études de cohorte, travaux ethnographiques.

Le périmètre est large : arts de la scène, arts visuels, littérature, culture, arts numériques. Les conclusions aussi. La lecture améliore le sommeil et la concentration des enfants. La musique soutient les fonctions cognitives de personnes vivant avec une démence. Les activités artistiques réduisent l’anxiété et la douleur aux urgences pédiatriques, et atténuent certains effets secondaires des traitements contre le cancer. L’OMS va jusqu’à recommander aux États d’intégrer les arts dans leurs politiques de santé publique.

Une précision honnête s’impose : ce rapport porte sur les arts au sens large, pas seulement sur l’art-thérapie encadrée par un praticien formé. Mais il a fait sauter un verrou. Depuis 2019, plus personne ne peut balayer le sujet d’un revers de main.

Comment on évalue sérieusement une thérapie par l’art

Évaluer un médicament, c’est comparativement simple : molécule contre placebo, en double aveugle. Évaluer l’art-thérapie, beaucoup moins. Impossible de faire peindre quelqu’un « en aveugle ». Les chercheurs composent donc avec des essais contrôlés randomisés sans insu, des groupes témoins placés en liste d’attente, des échelles cliniques validées (anxiété, dépression, qualité de vie) et des marqueurs biologiques, comme le cortisol salivaire ou la fréquence cardiaque.

Autre difficulté : l’hétérogénéité. Une étude teste huit séances de collage en groupe, une autre douze séances individuelles de modelage, une troisième un unique atelier de 45 minutes. Médium, durée, fréquence, formation du praticien : tout varie. Du coup, les revues systématiques et les méta-analyses — qui agrègent les résultats de plusieurs essais — restent l’outil le plus fiable pour dégager des tendances. C’est cette littérature-là que nous allons parcourir.

Études scientifiques : les résultats domaine par domaine

Stress et anxiété : le terrain le mieux balisé

En 2016, l’équipe de Girija Kaimal, à l’université Drexel de Philadelphie, a mesuré le cortisol salivaire de 39 adultes avant et après 45 minutes de création libre (collage, argile, feutres). Résultat : chez environ trois participants sur quatre, le taux de cette hormone du stress avait baissé de façon mesurable — et l’expérience artistique préalable n’y changeait rien. Côté anxiété, une revue systématique publiée en 2018 par Annemarie Abbing et ses collègues conclut à des effets prometteurs chez l’adulte, tout en réclamant des essais plus rigoureux. La tendance est là, la certitude définitive pas encore.

Dépression : des signaux encourageants

Un essai contrôlé mené à Hong Kong par Joshua Nan et Rainbow Ho (2017) auprès d’adultes vivant une dépression légère à modérée a comparé six séances d’art-thérapie par l’argile à une activité manuelle sans visée thérapeutique. Le groupe argile a montré une amélioration supérieure de l’humeur et de la régulation émotionnelle. Ce n’est pas un hasard si cette étude figure dans nos polycopiés : le travail de la terre, directement en lien avec le corps, fait partie des médiations les plus utilisées face aux affects dépressifs. En complément d’un suivi médical, jamais à sa place.

Cancer : qualité de vie et effets collatéraux positifs

En oncologie, les revues systématiques — dont celle de Wood, Molassiotis et Payne publiée en 2011 dans la revue Psycho-Oncology — documentent des effets sur l’anxiété, la fatigue et la qualité de vie des patients. J’ai détaillé ces travaux dans un article consacré à l’art-thérapie en oncologie. Et un travail français récent mérite le détour : en 2024, des chercheurs lyonnais ont observé, dans un service de soins palliatifs, que les séances destinées aux patients apaisaient aussi… les équipes soignantes. Les infirmières décrivaient des patients « plus sereins » après le passage de l’art-thérapeute, et disaient les redécouvrir au-delà de leur maladie.

Grand âge et troubles cognitifs

Le rapport OMS relève l’effet de la musique sur les fonctions cognitives des personnes vivant avec une démence. Sur le terrain, les ateliers en gérontologie visent d’abord la mémoire affective : un groupe de peinture hebdomadaire pour des patients atteints d’Alzheimer ne cherche pas à restaurer la mémoire des faits, mais à raviver celle des émotions, du geste, du lien. Les études sur ces publics sont souvent de petite taille, mais elles convergent : engagement, apaisement de l’agitation, maintien du lien social.

L’écriture expressive, le protocole le plus étudié

S’il fallait décerner une palme de la rigueur méthodologique, elle irait à l’écriture expressive. Le protocole imaginé par James Pennebaker, à l’université du Texas, est d’une simplicité désarmante : écrire 15 minutes par jour, quatre jours consécutifs, sur un événement difficile. Des dizaines d’essais l’ont testé depuis les années 1980. La synthèse de Baikie et Wilhelm (2005) recense des bénéfices psychologiques et physiques mesurables jusqu’à quatre mois après l’exercice. Plus étonnant encore : en 1999, l’équipe de Joshua Smyth a observé chez plus de 100 patients asthmatiques ou atteints de polyarthrite rhumatoïde une amélioration objective de leurs symptômes après ce simple protocole d’écriture.

Nos supports de cours s’appuient explicitement sur ces travaux. « Écrire, c’est laisser une trace de ce qui nous traverse : une pensée, une émotion, un souvenir », comme le formule le polycopié Artévie (Module 4). La recherche dit exactement la même chose. Avec des courbes en plus.

Ce que la science ne dit pas (encore)

Restons honnêtes. Trois zones grises subsistent. Un : la part respective de l’activité artistique, de la relation au thérapeute et de l’effet de groupe reste difficile à démêler. Deux : la « dose » optimale — combien de séances, à quelle fréquence, sur quelle durée — n’est solidement établie pour aucune indication. Trois : beaucoup d’essais portent sur de petits échantillons, avec un risque de biais de publication, les études positives étant plus souvent publiées que les négatives.

Et il existe des résultats négatifs. Le plus connu : l’essai britannique MATISSE, publié en 2012, qui a suivi 417 personnes vivant avec une schizophrénie — le plus gros essai jamais mené sur l’art-thérapie. Verdict : pas de bénéfice significatif des séances de groupe par rapport aux activités classiques proposées en parallèle. Le résultat a été discuté (assiduité très faible, format groupal imposé à tous), mais il fait partie du tableau. Une discipline qui se veut sérieuse regarde ses échecs en face. Alors, que retenir ? Que l’art-thérapie a un statut clair : une pratique complémentaire, aux effets documentés sur le stress, l’humeur et la qualité de vie, qui ne remplace ni un traitement ni une psychothérapie structurée quand ils sont indiqués.

Pourquoi créer agit : les mécanismes identifiés

Les neurosciences éclairent le « comment ». Créer active le système limbique — notre cerveau émotionnel —, sollicite l’hippocampe et le cortex préfrontal, et soutient la neuroplasticité. Le geste créatif engage aussi les deux hémisphères en même temps ; cette intégration bilatérale intéresse particulièrement les cliniciens du trauma, à la suite des travaux de Bessel van der Kolk. Je détaille ces mécanismes dans un article sur ce que la création fait au cerveau.

Côté psychologie, notre école travaille avec une grille précise. « Les fonctions thérapeutiques désignent les processus psychiques activés par la pratique artistique dans le cadre de cet accompagnement », comme le formule le polycopié Artévie (Module 2). Nous en distinguons sept : expression, contenance, symbolisation, développement de la créativité, relation, catharsis, transformation. Les études ne valident pas chaque fonction séparément — elles mesurent des résultats globaux. Mais cette grille offre un cadre de travail cohérent avec ce que la recherche observe.

Dernier signe des temps : la prescription culturelle. Des médecins prescrivent désormais des visites culturelles à leurs patients — c’est le principe du musée sur ordonnance, né à Montréal et expérimenté en France —, et l’Inserm équipe des visiteurs de capteurs pour mesurer ce qui se passe devant les œuvres. La frontière entre culture et santé est devenue un objet de recherche à part entière.

Des études aux séances : ce que ça change en pratique

Concrètement, un praticien formé ne travaille pas « au feeling ». Il pose un cadre — durée, fréquence, objectifs —, choisit des dispositifs adaptés au public, et il évalue. Chez Artévie, nous enseignons des grilles d’autoévaluation remplies à un, deux, trois puis six mois de suivi : humeur, adresse, créativité, relation aux autres, envie de faire, notées de 1 à 5. Modeste ? Oui. Mais c’est précisément ce que réclament les chercheurs : des mesures répétées, avant et après. Les séances suivent des formats précis — 1 h à 1 h 30 pour un adulte, 5 à 10 séances pour un suivi court — et les bienfaits observés en séance recoupent largement ceux que documente la littérature : apaisement, estime de soi, remobilisation.

Je l’ai vu chez plusieurs élèves : les profils scientifiques, justement, sont souvent les plus rassurés par cette exigence. L’une d’elles me l’a dit avec ses mots.

« Moi, je viens du labo, alors les jolies promesses, ça me hérisse. Avant de m’inscrire à un atelier, j’ai passé deux soirées à éplucher le rapport de l’OMS. Ce qui m’a décidée, c’est qu’on y trouve des limites, pas juste des victoires. Après huit séances de modelage, je dors mieux et je rumine moins le dimanche soir. Ce n’est pas magique, c’est progressif. Et ça me suffit. »

Nathalie, 47 ans, ancienne technicienne de laboratoire, Besançon

À tester chez vous : le protocole de Pennebaker

Envie de vérifier par vous-même ? L’écriture expressive se prête bien à un essai à domicile, dans sa version d’origine :

  • Quatre jours consécutifs, 15 minutes par jour, dans un endroit calme, sans écran.
  • Écrivez sur un événement ou une préoccupation qui vous pèse, en explorant vos émotions les plus profondes — pas seulement les faits.
  • Sans vous relire, sans souci d’orthographe ni de style : personne ne lira ces pages, pas même vous si vous préférez les détruire.
  • Au terme des quatre jours, observez ce qui a bougé : sommeil, tension interne, clarté des idées.

Deux garde-fous. Si l’écriture réveille une détresse trop vive, arrêtez et parlez-en à un professionnel de santé. Et gardez en tête qu’un exercice isolé n’est pas une thérapie : en séance, ce même outil s’insère dans un cadre, avec un temps de retour verbal et un praticien formé pour accueillir ce qui émerge. C’est toute la différence entre une technique et un accompagnement.

Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

FAQ

  • L’efficacité de l’art-thérapie est-elle prouvée scientifiquement ?

Des effets sont documentés par des essais cliniques et des revues systématiques, surtout sur le stress, l’anxiété, l’humeur et la qualité de vie. Le niveau de preuve varie selon les indications, et la recherche réclame encore des essais plus larges. Le consensus actuel : une pratique complémentaire aux effets réels mais mesurés, pas un traitement de substitution.

  • Que dit le rapport de l’OMS sur les arts et la santé ?

Publié en novembre 2019 par le Bureau régional pour l’Europe, il synthétise plus de 900 publications et conclut que les activités artistiques ont une influence positive sur la santé physique et mentale tout au long de la vie. Il recommande aux États d’intégrer les arts dans leurs politiques de santé.

  • Combien de séances d’art-thérapie faut-il pour ressentir un effet ?

Les études testent le plus souvent des programmes de 6 à 12 séances. En pratique, un suivi court compte 5 à 10 séances hebdomadaires ou bimensuelles. Certains effets — détente, plaisir de faire — apparaissent dès la première séance ; les changements durables demandent de la régularité.

  • L’art-thérapie est-elle reconnue en France ?

Le titre d’art-thérapeute n’est pas une profession de santé réglementée par l’État. La pratique est pourtant bien implantée à l’hôpital, en EHPAD, en institution médico-sociale et en cabinet. C’est justement ce qui rend décisifs le sérieux de la formation, la supervision et la déontologie du praticien.

  • Faut-il savoir dessiner pour que l’art-thérapie fonctionne ?

Non. Dans l’étude de Kaimal sur le cortisol, la baisse du stress était la même chez les novices et chez les habitués de la pratique artistique. En art-thérapie, le processus de création compte davantage que le résultat esthétique — c’est un principe fondateur de la discipline.

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