Clown thérapeutique : ce que le nez rouge change dans un accompagnement
En bref : le clown thérapeutique utilise l’état de jeu, non le numéro comique. Séances de 1 h 30 à 2 h, groupes de 8 à 12 personnes. Artévie le transmet en 2 jours, soit 16 h, à 800 €.
J’observe deux réactions quand j’annonce un atelier clown dans un cursus d’art-thérapie. Le soulagement, chez celles et ceux qui attendaient qu’on parle enfin du corps et du jeu. Et une inquiétude très concrète, presque toujours formulée dans les mêmes mots : « je ne suis pas drôle ». C’est exactement le malentendu que cette page voudrait lever.
Qu’est-ce que le clown thérapeutique ?
Le clown thérapeutique est une pratique d’accompagnement qui mobilise l’état de jeu clownesque, et non le numéro comique, pour travailler la présence, l’expression et le rapport au regard des autres. La personne ne joue pas un personnage écrit d’avance. Elle laisse apparaître une version d’elle-même plus lente, plus étonnée, plus perméable à ce qui arrive.
Le nez rouge sert de seuil. On le met, quelque chose se relâche, on le retire, on revient. Ce geste minuscule installe une frontière claire entre la vie ordinaire et l’espace de jeu, ce qui est précisément la fonction d’un cadre en accompagnement.
Le rire arrive souvent, mais il n’est jamais l’objectif. Il naît de la sincérité d’un geste raté, d’un silence tenu trop longtemps, d’un regard qui cherche l’approbation du groupe. Un clown qui cherche à faire rire fabrique de la performance, donc de la tension. Un clown qui accepte de ne rien savoir ouvre une relation.
D’où vient la pratique du clown en accompagnement ?
Elle naît à l’hôpital, à la fin des années 1980, auprès des enfants hospitalisés. En France, l’association Le Rire Médecin est fondée en 1991 et revendique aujourd’hui plus de 80 000 spectacles par an dans les services de pédiatrie, auprès des enfants, de leurs familles et des soignants.
De là, la pratique s’est déplacée vers d’autres terrains : les établissements pour personnes âgées, les structures du handicap, les foyers de vie, les accueils de jour. Un autre mouvement s’est produit en parallèle, plus discret, et c’est celui qui nous intéresse ici. Les professionnels de l’accompagnement ont commencé à se former au clown non pas pour devenir clowns hospitaliers, mais pour utiliser ce jeu dans leurs propres ateliers.
La différence est importante, et elle explique la confusion fréquente entre trois métiers voisins.
| Clown de scène | Clown hospitalier | Clown en accompagnement | |
|---|---|---|---|
| Objectif | Faire spectacle | Créer une bulle pour le patient | Faire vivre une expérience au participant |
| Qui joue | L’artiste | Le clown professionnel | Le participant lui-même |
| Public | Une salle | Un enfant dans sa chambre | Un groupe de 8 à 12 personnes |
| Durée | Une représentation | Une visite de 15 à 30 minutes | Une séance de 1 h 30 à 2 h |
| Formation | Écoles de cirque et de théâtre | Formation dédiée et longue | Socle en accompagnement, puis spécialisation |
Que travaille-t-on vraiment avec un nez rouge ?
Quatre choses, toujours les mêmes, quel que soit le public. Elles paraissent simples formulées ainsi, et elles demandent des années.
- La présence. Être là, maintenant, sans anticiper la suite. Le clown qui prépare sa prochaine idée cesse d’être présent, et le groupe le sent immédiatement.
- Le regard. Soutenir celui des autres, et accepter d’être vu. Pour beaucoup de participants, c’est la marche la plus haute de l’atelier.
- Le rythme. Ralentir, laisser un silence exister, occuper l’espace sans le remplir. Ce travail rejoint directement la posture professionnelle en séance.
- Le droit à l’échec. Rater et rester. Le clown transforme la chute en matière de jeu, ce qui déplace le rapport à l’erreur bien au-delà de l’atelier.
Cette dernière dimension est souvent celle qui fait basculer un parcours. Une personne qui a passé sa vie à éviter le ridicule découvre en deux heures qu’un faux pas assumé déclenche de la tendresse plutôt que du jugement. Ce n’est pas une révélation intellectuelle, c’est une expérience de corps, et c’est pour cela qu’elle tient.
Comment se déroule une séance de clown thérapeutique ?
Une séance suit presque toujours une progression en cinq temps, du collectif protecteur vers l’exposition individuelle, puis retour au collectif. Cette courbe n’est pas décorative : elle conditionne la sécurité émotionnelle du groupe.
| Temps | Durée | Ce qui s’y joue |
|---|---|---|
| Cercle d’ouverture | 10 min | Nommer son état du jour, poser le cadre et le droit de retrait |
| Échauffement collectif | 20 min | Marche, rythme, jeux de regard, tout le monde fait la même chose |
| Propositions en duo | 30 min | Premier vrai jeu, à deux, sans public, le risque reste bas |
| Passages devant le groupe | 40 min | Entrées courtes, deux à trois minutes, avec le nez |
| Clôture | 15 min | Retour de chacun, sortie de rôle explicite, rangement du matériel |
Le passage devant le groupe reste le moment délicat. Un animateur expérimenté sait couper court quand l’émotion déborde, renvoyer une proposition vers le duo plutôt que vers le solo, et surtout marquer la sortie de rôle. On retire le nez, on le pose, on dit son prénom. Sans ce geste, certains participants repartent encore dans leur clown, ce qui produit des lendemains inconfortables.
À quels publics s’adresse cette médiation ?
Le clown fonctionne particulièrement bien avec les personnes que la parole met en difficulté, parce qu’il propose une autre porte d’entrée. Quatre publics reviennent le plus souvent dans les ateliers.
- Les adolescents, chez qui le rapport au regard des pairs constitue déjà le sujet central.
- Les adultes en reconversion ou en sortie de burn-out, pour qui le droit à l’erreur est devenu un enjeu quotidien.
- Les personnes âgées, y compris en établissement, où le jeu réactive de la spontanéité que le cadre institutionnel tend à éteindre.
- Les équipes professionnelles, en analyse de la pratique, où le clown fait apparaître les positions de chacun plus vite qu’un tour de table.
Les personnes traversant un épisode aigu relèvent d’abord d’un cadre de soin, avec une équipe médicale. Le clown viendra plus tard, quand le sol sera plus stable. Savoir dire cela au bon moment fait partie du métier.
Quelles sont les limites du clown thérapeutique ?
Le clown thérapeutique accompagne, il ne remplace ni un traitement ni un suivi psychologique. Cette phrase mérite d’être dite aux participants dès le cercle d’ouverture, parce qu’un atelier qui remue autant peut laisser croire à une prise en charge complète.
Deux autres limites méritent d’être connues avant de se lancer. La première tient à l’animateur : on ne conduit pas un atelier clown en ayant seulement lu sur le sujet. Il faut avoir joué soi-même, avoir été ridicule devant un groupe, et savoir ce que cela fait. La seconde tient au cadre : un groupe de plus de douze personnes rend les passages individuels trop rares et l’attention trop diffuse, ce qui fabrique de la gêne au lieu du jeu.
Le clown partage cette exigence de cadre avec les autres médiations de jeu. La dramathérapie travaille par le rôle écrit, la marionnette et le masque par l’objet interposé, le clown par la personne elle-même, sans filtre. C’est la médiation la plus exposante des trois, donc celle qui demande la clôture la plus soignée. Le mécanisme de décharge émotionnelle en jeu ici rejoint ce que l’on nomme la catharsis.
Comment se former au clown thérapeutique ?
La formation se construit en deux étages : un socle en accompagnement, puis une spécialisation par la médiation. Le socle compte le plus, car c’est lui qui donne le cadre, la posture et la lecture de ce qui se joue dans un groupe.
Chez Artévie, ce socle est la formation d’art-thérapeute : 728 heures réparties sur 91 jours et douze mois, organisées en six piliers, pour un total de 6 500 €. Elle se conclut par un Grand Oral devant un examinateur, à partir d’un sujet tiré au sort, et débouche sur le Certificat Artévie d’art-thérapeute.
La spécialisation vient ensuite. Notre spécialisation Clown tient sur deux jours, soit 16 heures en présentiel, dans un groupe de dix personnes au maximum, pour 800 €. Le premier jour est consacré à éprouver l’état de clown pour soi. Le second à savoir l’ouvrir à un groupe, avec le cadre, la sécurité émotionnelle et la sortie de rôle. Cet ordre est volontaire, et il ne s’inverse pas.
Côté financement, la certification Qualiopi ouvre l’accès aux OPCO et à l’aide individuelle à la formation de France Travail. Une demande de titre RNCP est par ailleurs en cours, qui permettra à terme l’éligibilité du cursus complet en art-thérapie.
« Je suis arrivée persuadée que ce serait le pire moment de ma formation. Je n’ai jamais aimé être regardée. Au bout de la première matinée, j’ai compris que personne n’attendait de moi que je sois amusante, seulement que je sois là. Depuis, j’utilise deux exercices de regard avec mes jeunes du foyer, et ça change nos débuts de séance. »
Sabrina, 44 ans, éducatrice spécialisée à NantesDe quoi a-t-on besoin pour animer un atelier clown ?
D’une salle vide et d’une boîte de nez rouges, ce qui en fait l’une des médiations les moins coûteuses à mettre en place. Le budget de départ tient sous cent euros, à comparer au bac et à la collection de figurines d’un dispositif de jeu de sable, ou au parc instrumental d’un atelier sonore.
L’espace compte davantage que le matériel. Il faut de quoi marcher en cercle, un mur libre pour asseoir le groupe pendant les passages, et surtout une porte qui ferme. Un atelier clown traversé par des allées et venues perd immédiatement sa sécurité. En établissement, cette contrainte se négocie en amont avec l’équipe, faute de quoi la séance se dégrade au premier passage d’un chariot.
Deux détails pratiques font une vraie différence. Prévoyez un nez par personne, nominatif et conservé d’une séance à l’autre, car il devient très vite un objet personnel. Et gardez une caisse de quelques accessoires simples, chapeau, parapluie, valise, foulard, plutôt qu’un costume complet : l’objet unique déclenche l’imaginaire, l’accumulation le noie.
Ce que le clown change dans la posture du praticien
Le bénéfice le plus durable de ces deux jours se situe hors de l’atelier clown, dans la manière de conduire toutes les autres séances. Un praticien qui a joué devant un groupe accepte plus facilement les silences, résiste mieux à l’envie de combler un vide par une consigne, et reconnaît plus vite le moment où un participant cherche à lui plaire plutôt qu’à créer.
Il y a aussi un effet moins souvent dit. Avoir été ridicule soi-même, devant témoins, modifie durablement la façon de regarder la production maladroite d’un consultant. On cesse de la rattraper, de la valoriser trop vite, de la commenter pour rassurer. On la laisse exister, ce qui est exactement ce que demande l’art-thérapie. À ce titre, le clown est autant un outil de formation personnelle qu’une médiation à proposer.
Questions fréquentes sur le clown thérapeutique
Faut-il être drôle pour pratiquer le clown thérapeutique ?
Non, et c’est même plutôt un obstacle. Les personnes qui arrivent avec un répertoire de blagues mettent souvent plus de temps à lâcher la performance que celles qui se disent timides. Ce qui est demandé, c’est la disponibilité, pas l’humour.
Le clown thérapeutique et le clown hospitalier, est-ce la même chose ?
Non. Le clown hospitalier est un artiste professionnel qui joue pour un patient. En clown thérapeutique, c’est le participant qui joue, pour lui-même, dans un groupe accompagné.
Faut-il un nez rouge et un costume ?
Le nez suffit largement, et il coûte quelques euros. Le costume arrive plus tard, souvent apporté par les participants eux-mêmes, et il devient un support de travail à part entière.
Combien de temps dure une séance ?
De 1 h 30 à 2 h. En dessous, les passages individuels deviennent impossibles. Au-delà, l’attention du groupe se dissout et la sécurité émotionnelle se dégrade.
Le clown convient-il aux personnes âgées ?
Oui, y compris en établissement et y compris assis. Les propositions se transposent sur chaise, avec le visage, les mains et la voix. C’est souvent l’un des ateliers les plus attendus.
Peut-on pratiquer le clown en séance individuelle ?
C’est possible, avec l’accompagnant comme partenaire de jeu, mais le groupe reste le cadre naturel de cette médiation. Le regard des autres fait partie du matériau.
Quelle formation faut-il pour animer un atelier ?
Un socle en accompagnement, une pratique personnelle du jeu clownesque, et une formation dédiée à la conduite d’atelier. Les trois ensemble, jamais l’une à la place des deux autres.
Combien coûte la spécialisation Clown chez Artévie ?
800 € pour deux jours, soit 16 heures en présentiel, dans un groupe de dix personnes au maximum. Les dates sont communiquées prochainement.