Carnet de croquis simple utilisé en art-thérapie

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Faut-il savoir dessiner pour se former à l’art-thérapie ?

« Je ne sais même pas tenir un crayon. » Cette phrase, je l’entends à chaque réunion d’information, souvent dans les cinq premières minutes. Alors autant répondre franchement, une bonne fois : pratiquer l’art-thérapie sans savoir dessiner n’est pas seulement possible, c’est le cas de la grande majorité des personnes qui poussent la porte d’un atelier. Et cela vaut aussi pour celles et ceux qui veulent en faire leur métier.

Vous envisagez une séance, ou peut-être une reconversion, et une petite voix vous répète que « ce n’est pas pour vous » parce que vos bonshommes ressemblent à des bâtons ? Cet article démonte cette croyance pièce par pièce : d’où elle vient, pourquoi elle ne tient pas, ce qui compte réellement en séance comme en formation — et un exercice de 20 minutes pour le vérifier chez vous.

« Je ne sais pas dessiner » : d’où vient ce blocage ?

Non, il n’est pas nécessaire de savoir dessiner pour pratiquer l’art-thérapie ni pour s’y former. Ce qui compte n’est pas la qualité esthétique du résultat, mais le processus de création lui-même : le geste, la matière, ce qui se dépose. Un trait, une couleur, une forme simple suffisent.

Remontez le fil. Pour la plupart d’entre nous, le dessin s’est arrêté vers dix ou onze ans. Un professeur qui soupire, une note moyenne en arts plastiques, un camarade « doué » à côté duquel notre cheval ressemblait à un chien mouillé. Du coup, on a rangé les feutres. Définitivement, croyait-on.

À l’âge adulte, cette vieille histoire refait surface exactement au moment où l’on aurait besoin de créer. La croyance s’est solidifiée avec les années : créer serait réservé à ceux qui « ont le coup de main ». Les autres regarderaient depuis le bord.

Mais cette croyance repose sur une confusion. Elle applique à l’art-thérapie les critères des beaux-arts : la justesse du trait, la perspective, la ressemblance au modèle. Or l’art-thérapie ne joue pas dans cette cour. Elle ne forme pas des artistes et n’évalue pas des œuvres : elle utilise la création comme un chemin vers soi. Pour saisir ce qu’est réellement l’art-thérapie, il faut accepter de déplacer le regard : de l’œuvre vers la personne qui la fait, du résultat vers ce qui se passe pendant qu’elle le fait.

Le processus compte, pas le résultat : ce que dit la discipline

Ce n’est pas un argument commercial, c’est un principe fondateur de la discipline, posé dès les premières pages de nos supports de cours : « En art-thérapie ce n’est ni le talent, ni le résultat esthétique de la production qui compte, mais le processus de création en lui-même », comme le formule le polycopié Artévie des premiers pas (Module 0). Tout est dans cette phrase. Ce qui soigne, ce n’est pas l’objet produit : c’est ce qui se passe en vous pendant que vous le produisez.

Le polycopié du Niveau 1 enfonce le clou : « Contrairement à certaines idées reçues, l’objectif de l’art-thérapie n’est pas esthétique », comme le formule le polycopié Artévie (Module 1). Il ne s’agit pas de produire une œuvre belle ou réussie au sens classique, mais de mobiliser une expression symbolique, sensible, parfois réparatrice. La mission du praticien est d’encourager la vérité intérieure et la spontanéité — deux choses qu’aucun cours de dessin n’enseigne.

Concrètement, qu’est-ce que ça change ? Personne n’évaluera jamais votre production. La lecture qu’en fait l’art-thérapeute est symbolique, jamais analytique ni scolaire. Ce que votre collage raconte de votre semaine importe infiniment plus que sa composition. Les couleurs que vous avez choisies sans réfléchir en disent plus long que la précision de vos découpages.

Un gribouillage sincère vaut mieux qu’une aquarelle appliquée. Voilà le renversement, en une phrase.

L’art-thérapie sans savoir dessiner : ce qui se passe vraiment en séance

Si vous n’avez jamais assisté à une séance, vous imaginez peut-être un chevalet, un modèle, un silence studieux. La réalité ressemble plutôt à ceci : une table, du matériel varié, une consigne précise, et un professionnel qui s’assoit à côté de vous — pas en face, comme un examinateur.

Un cadre qui neutralise la performance

Chaque séance repose sur un cadre — durée, matériel, consignes, temps de retour verbal — et sur ce que nous appelons des dispositifs : des exercices structurés, avec des contraintes précises. Et c’est là que la magie opère, si vous me passez le mot. Quand la consigne est de déchirer des dégradés de gris dans des magazines et de les coller sur une grande feuille, la question du talent disparaît d’elle-même. Il n’y a rien à réussir. Il y a quelque chose à traverser.

La contrainte, loin d’enfermer, libère. Elle donne un point de départ, elle évite l’angoisse de la page blanche, elle met tout le monde à égalité — celui qui a fait les Beaux-Arts et celle qui n’a rien dessiné depuis le collège.

Un regard qui ne juge jamais

L’art-thérapeute ne corrige pas votre trait, ne touche jamais à votre feuille, ne porte aucun jugement sur ce que vous produisez. Sa posture est celle d’un accompagnant, présent et discret à la fois. Le travail circule entre trois pôles — vous, votre production, le thérapeute — et c’est cette circulation qui fait avancer les choses, pas la qualité graphique de ce qui sort de vos mains.

C’est précisément ce déplacement du regard qui produit les bienfaits de l’art-thérapie : l’anxiété diminue parce qu’on dépose quelque chose, la confiance revient parce qu’on ose, l’estime remonte parce qu’on a fait — pas parce qu’on a bien fait.

Des médiations où le crayon reste dans la trousse

Autre point que les inquiets du dessin oublient souvent : le dessin n’est qu’une médiation parmi une bonne dizaine. Beaucoup de séances se déroulent sans qu’un crayon soit seulement sorti de la trousse. Quelques exemples travaillés dans nos ateliers :

  • Le collage : découper, choisir, assembler des images existantes. Nos polycopiés le décrivent comme « une introduction non intimidante » pour les publics résistants — autrement dit, il a été pensé pour vous.
  • L’écriture : le caviardage, par exemple, consiste à encadrer des mots dans une page de vieux livre et à rayer le reste. Aucune compétence littéraire requise, encore moins graphique.
  • L’argile et le modelage : les mains travaillent directement la matière, en lien avec le corps. On pince, on creuse, on lisse. Le mot « dessin » n’existe pas ici.
  • La peinture gestuelle : projections de couleur sur grand format, façon Pollock, parfois en fresque collective de deux mètres. Plus on « sait » peindre, moins on se lâche — les débutants partent avec un avantage.
  • La voix, le mouvement, la photographie : autant de portes d’entrée qui ne demandent rien à votre poignet.

Cette diversité n’est pas un hasard. L’art-thérapie contemporaine s’est largement affranchie du dessin académique : elle emprunte à l’art brut, au numérique, aux pratiques d’assemblage. Le médium est choisi en concertation avec vous, selon votre besoin du moment — jamais selon votre niveau supposé.

Se former à l’art-thérapie quand on ne sait pas dessiner

Venons-en à la question qui fâche, celle des candidats à la reconversion. Faut-il un niveau artistique pour entrer en formation ? Là encore, nos supports de cours sont sans ambiguïté : peu importe que l’art-thérapeute maîtrise ou non les techniques artistiques — s’il n’a pas de créativité, il ne pourra pas porter le projet, insiste le polycopié du Niveau 2. La qualité attendue s’appelle créativité, pas virtuosité. Et la créativité, c’est la capacité à proposer, à s’adapter, à inventer un dispositif quand la situation le demande. Rien à voir avec le coup de crayon.

Que travaille-t-on réellement pendant la formation ? Poser un cadre et le tenir. Choisir un dispositif adapté à une personne, à un moment donné. Accompagner un temps de verbalisation sans interpréter. Repérer ses propres réactions et les déposer en supervision. Les techniques — gouache, collage, argile, écriture — se découvrent en atelier, pas à pas, au même titre que tout le reste. Elles font partie du programme, justement parce qu’elles ne sont pas un prérequis.

Une nuance honnête, tout de même. Notre code de déontologie demande au praticien une pratique régulière d’au moins une discipline artistique. Pratique, pas excellence : tenir un journal créatif, chanter dans une chorale, modeler le dimanche, tout cela compte. L’idée est simple — on accompagne mieux un processus créatif quand on le vit soi-même de l’intérieur.

C’est exactement sur cette logique qu’est construite notre formation en art-thérapie : on y entre avec une histoire, une écoute, une envie d’accompagner — et on y apprend le reste, en petits groupes, médium après médium.

« Mes bonshommes bâtons ne m’ont pas disqualifiée » : parole d’élève

« Au premier stage, j’ai failli faire demi-tour sur le parking. J’étais persuadée que tout le monde allait voir que je dessine comme une enfant de sept ans. Et puis la formatrice a sorti des magazines, des ciseaux et de la colle — on n’a pas touché un crayon de la journée. Aujourd’hui j’anime mes premiers ateliers collage dans une maison de quartier, et je dessine toujours aussi mal. Ça ne gêne personne, et sûrement pas les participants. »

Sandrine, 44 ans, ancienne assistante de direction, Nantes

Je l’ai vu chez plusieurs élèves : la peur du dessin tombe en général au premier exercice, parfois dès la première heure. Non pas parce qu’on les rassure avec des mots, mais parce que le dispositif lui-même rend la question du niveau sans objet. Une fois qu’on a déchiré du papier pendant une heure et demie à côté de neuf autres adultes concentrés, l’idée d’être « nul en dessin » paraît soudain très abstraite.

Testez chez vous : la danse du crayon, en 20 minutes

Vous voulez une preuve plutôt qu’un discours ? Voici un dispositif issu de nos ateliers d’arts plastiques, pensé précisément pour court-circuiter le contrôle et la peur de mal faire. Il dure une vingtaine de minutes et ne demande qu’une feuille, un crayon et de la musique.

  • Installez une grande feuille devant vous, choisissez une musique instrumentale qui vous plaît et lancez-la.
  • Fermez les yeux. Laissez le crayon « danser » sur la feuille au rythme de la musique, sans aucune intention, pendant deux ou trois minutes.
  • Ouvrez les yeux. Observez l’enchevêtrement de lignes et cherchez-y une forme, comme on cherche des figures dans les nuages.
  • Repassez cette forme, coloriez-la, puis écrivez quelques mots à côté : ce qu’elle évoque, ce qu’elle vous fait.

Pourquoi ça marche ? Parce qu’un tracé fait les yeux fermés ne peut pas être raté. Le juge intérieur n’a aucune prise, et c’est tout l’enjeu. La vérité, c’est que la plupart des gens découvrent dans ce fouillis de lignes une forme qui les touche — et repartent avec l’envie de recommencer. Si l’expérience vous parle, vous trouverez d’autres exercices d’art-thérapie accessibles à tous dans le même esprit.

Et si la maladresse était un atout ?

Poussons le raisonnement un cran plus loin. En atelier, certains médiums sont choisis justement parce qu’ils échappent au contrôle. L’aquarelle fuse là où elle veut : elle apprend à accepter l’imperfection. La gouache, peinture de l’enfance, ramène à des gestes d’avant les notes et les jugements. La peinture aux doigts assume une part de régression — bienvenue, celle-là. Dans tous ces cas, la maîtrise technique serait presque un obstacle : elle maintiendrait le contrôle là où le travail thérapeutique demande de le relâcher.

J’ai souvent observé l’inverse de ce que craignent les débutants : les personnes très à l’aise techniquement mettent parfois plus de temps à entrer dans le processus, parce qu’elles cherchent malgré elles à produire quelque chose de montrable. Celles qui arrivent sans bagage n’ont rien à défendre. Elles plongent.

Bref, la question n’a jamais été « savez-vous dessiner ? », mais « acceptez-vous de laisser une trace sans la juger ? ». Et ça, ça s’apprend — c’est même très exactement ce qui s’apprend, en séance comme en formation.

Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

FAQ

  • Faut-il un diplôme artistique pour devenir art-thérapeute ?

Non. Aucun diplôme d’école d’art n’est exigé pour entrer en formation d’art-thérapie. Ce qui est attendu, c’est une créativité vivante, une capacité d’écoute et l’engagement dans une pratique artistique personnelle régulière — quelle qu’elle soit, du chant au modelage, et quel que soit votre niveau.

  • Peut-on suivre une séance d’art-thérapie sans aucune pratique artistique ?

Oui, et c’est même le cas le plus fréquent. Les dispositifs proposés — collage, modelage, écriture, peinture libre — sont conçus pour être réalisables par n’importe qui, sans apprentissage préalable. Le médium est choisi avec vous, selon ce que vous traversez, jamais selon vos compétences.

  • Quelle est la différence entre un cours de dessin et une séance d’art-thérapie ?

L’objectif. Un cours de dessin vise la progression technique : on y apprend la perspective, les proportions, les ombres. Une séance d’art-thérapie vise un mieux-être psychique : la production n’est ni notée ni corrigée, elle sert de support à un travail sur soi, dans un cadre thérapeutique défini avec un professionnel formé.

  • Que se passe-t-il si je bloque devant la feuille blanche ?

C’est prévu, et c’est même le quotidien du métier. L’art-thérapeute joue un rôle de passeur face à l’effet « toile blanche » : consignes d’amorçage, matériaux qui ne partent pas de rien (magazines à découper, page de livre à caviarder), musique. Certains dispositifs, comme le tableau de visualisation en collage, ont justement été pensés pour contourner la peur de la page blanche dès les premières séances.

  • L’art-thérapeute doit-il savoir dessiner, lui ?

Pas au sens académique. Le praticien doit entretenir une pratique créative personnelle et connaître ses médiums — savoir ce que permet l’argile, ce que déclenche l’aquarelle, comment cadrer une peinture gestuelle. Mais son cœur de métier est ailleurs : la posture, le cadre, l’accompagnement de la relation. En séance, il n’intervient d’ailleurs jamais sur votre production.

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