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Jean-Pierre Klein : le bâtisseur de l’art-thérapie en France

Si l’art-thérapie a aujourd’hui en France une assise théorique, des écoles de formation reconnues et une communauté de praticiens, elle le doit en grande partie à Jean-Pierre Klein. Psychiatre, art-thérapeute et écrivain, fondateur de l’INECAT — Institut national d’expression, de création, d’art et de thérapie — Jean-Pierre Klein a passé près de soixante ans à faire reconnaître la dignité d’une pratique qui n’existait, en France, qu’en marge des institutions de soin. Voici l’histoire de cette figure essentielle de l’art-thérapie francophone.

Jean-Pierre Klein (né en 1939) : repères biographiques

Né en 1939, Jean-Pierre Klein suit des études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Cette formation médicale rigoureuse, à laquelle s’ajoutera une psychanalyse personnelle, constitue le socle de ce qui sera ensuite une démarche d’une grande exigence théorique.

La double formation : psychiatrie et création

Parallèlement à sa formation médicale, Jean-Pierre Klein nourrit une passion pour le théâtre, l’écriture et plus largement la création artistique. Cette double sensibilité — clinique et artistique — le distinguera tout au long de sa carrière. Il publiera lui-même de nombreuses pièces de théâtre, ce qui n’est pas anodin : il connaît, en praticien, ce que la création peut et ce qu’elle ne peut pas.

Une carrière entre soin et création

Au fil de sa carrière, Jean-Pierre Klein a exercé comme psychiatre auprès de patients adultes et enfants, dans des institutions publiques et en consultation privée. Il a parallèlement développé une pratique d’art-thérapie et formé des centaines d’art-thérapeutes français. Cette continuité entre clinique et formation est l’une des marques de son apport.

L’INECAT : la fondation d’une école française

L’apport institutionnel le plus visible de Jean-Pierre Klein est sans doute la fondation de l’INECAT — Institut national d’expression, de création, d’art et de thérapie — qu’il dirige depuis sa création.

Une école pionnière en France

L’INECAT est l’une des plus anciennes écoles françaises de formation à l’art-thérapie en France. Pendant des décennies, alors que la profession peinait à se structurer en France, cette école a formé des générations de praticiens, en dispensant un enseignement théorique et pratique de haut niveau.

Une orientation théorique singulière

Jean-Pierre Klein a fait de l’INECAT le foyer principal de ce qu’on peut appeler l’école française d’art-thérapie : une approche qui articule psychanalyse, théâtre, écriture, anthropologie. Cette spécificité distingue l’INECAT d’autres écoles francophones, et la rend immédiatement reconnaissable.

Un rayonnement international

Au-delà de la France, l’INECAT a essaimé dans plusieurs pays francophones. Des praticiens formés à Paris exercent aujourd’hui en Belgique, en Suisse, au Québec, dans plusieurs pays africains. Cette diffusion témoigne de la solidité de la pédagogie élaborée par Jean-Pierre Klein.

Une définition de l’art-thérapie

L’une des contributions les plus citées de Jean-Pierre Klein est sa définition de l’art-thérapie, devenue une référence dans le monde francophone.

« Un accompagnement de personnes en difficulté… »

Selon Jean-Pierre Klein, l’art-thérapie est « un accompagnement de personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) à travers leurs productions artistiques : œuvres plastiques, sonores, théâtrales, littéraires, corporelles ». Cette définition, posée dès les années 1970, reste l’une des plus utilisées dans les manuels et les cursus de formation.

Les caractéristiques visées

La définition mentionne quatre types de difficulté — psychologique, physique, sociale, existentielle. Cette diversité reflète l’ampleur du champ d’intervention de l’art-thérapie. Elle dépasse largement la dimension psychiatrique pour englober des situations sociales, des questionnements existentiels, des accompagnements en milieu de soin somatique.

Cinq médiations possibles

La définition mentionne aussi cinq grandes médiations : plastique, sonore, théâtrale, littéraire, corporelle. Cette ouverture distingue l’école française d’approches plus restrictives. Pour Jean-Pierre Klein, l’art-thérapie ne se limite pas aux arts plastiques : elle inclut le théâtre, la musique, l’écriture, le mouvement.

« Soigner n’est pas guérir » : la formule fondatrice

S’il fallait retenir une seule phrase de Jean-Pierre Klein, ce serait celle-ci : « Soigner n’est pas guérir. » Cette formule, qui figure dans plusieurs de ses ouvrages et qui est explicitement reprise dans le manuel pédagogique d’Artévie, condense toute une philosophie du soin.

Une distinction fondamentale

Pour Jean-Pierre Klein, il est crucial de distinguer soigner et guérir. L’art-thérapie ne vise pas à ramener le patient à un état antérieur, mais à l’aider à se reconstruire autrement. L’art-thérapie agit au niveau des symptômes, qu’ils soient psychiques ou somatiques, mais sans prétendre à une guérison miraculeuse.

Une éthique du soin

Cette distinction n’est pas qu’une nuance linguistique. Elle porte une véritable éthique. Promettre la guérison serait mentir aux patients qui souffrent de pathologies chroniques, incurables, ou de difficultés existentielles profondes. Reconnaître que soigner n’est pas guérir permet d’accompagner avec dignité ce qui ne peut pas être effacé.

Une posture pour le thérapeute

Cette formule oriente aussi la posture du thérapeute. L’art-thérapeute ne se présente pas comme un sauveur, mais comme un accompagnateur. Cette modestie n’affaiblit pas la pratique : elle la rend juste, supportable, durable. Beaucoup de patients témoignent qu’ils ont eu besoin précisément de cette modestie pour pouvoir s’engager dans le travail.

L’apport théorique de Jean-Pierre Klein

La triangulation thérapeutique

Jean-Pierre Klein a notamment théorisé la « triangulation thérapeutique » qui caractérise l’art-thérapie. Le manuel d’Artévie la cite : « ce processus de création évolue au cœur de la triangulation patient-thérapeute-production, mais également entre le patient et sa production, le patient et le thérapeute, et entre le thérapeute et la production ». Cette triangulation distingue l’art-thérapie d’une thérapie en duo.

Le médium fait tiers

Pour Jean-Pierre Klein, le médium artistique fait tiers dans la relation thérapeutique. Il accueille une part des projections, autorise une distance protectrice, ouvre un espace symbolique. Cette fonction tierce est l’une des spécificités les plus précieuses de la pratique.

Le voyage entre les énonciations

Jean-Pierre Klein insiste sur le fait que l’art-thérapie « facilite ce langage à un autre grâce au voyage qu’elle propose entre plusieurs types d’énonciations ». La parole renvoie vers la production artistique, et inversement. Les plages de création non verbale, d’observation, de verbalisation se succèdent et se nourrissent. Ce rythme particulier fait la richesse de la séance.

Quelques apports complémentaires

Au-delà des grandes formules, Jean-Pierre Klein a ouvert plusieurs pistes plus discrètes mais fécondes. En voici quelques-unes que les praticiens francophones reconnaissent souvent.

L’écriture comme médiation

Lui-même auteur, Jean-Pierre Klein a particulièrement travaillé sur la médiation écriture en art-thérapie. Il a notamment préfacé l’ouvrage Le Clavecin oculaire de Maryse du Souchet-Robert, dans lequel il souligne l’intérêt de l’aquagraphie comme processus de transformation de l’être. Cette ouverture vers l’écriture distingue l’école française d’approches plus strictement plasticiennes.

Le théâtre comme outil thérapeutique

Le théâtre tient une place particulière dans la pensée de Jean-Pierre Klein. À ses yeux, la dramatisation, le jeu de rôle, la mise en scène ouvrent un espace thérapeutique précieux, particulièrement avec les enfants et les adolescents. Cette dimension est rarement aussi présente dans les autres écoles.

Une attention à l’imaginaire

Plus largement, Jean-Pierre Klein a toujours plaidé pour une prise au sérieux de l’imaginaire dans le soin. Là où certaines approches médicales réduisent l’imaginaire à un symptôme à traiter, lui y voit une dimension fondamentale de la vie psychique, à respecter et à mobiliser dans le travail thérapeutique.

Une œuvre écrite considérable

Jean-Pierre Klein est l’auteur d’une œuvre écrite abondante, à la fois théorique et littéraire. Cette production témoigne d’une pensée vivante, ancrée dans une pratique clinique exigeante.

Les ouvrages théoriques

Parmi ses ouvrages les plus diffusés, on peut citer L’Art-thérapie (PUF, collection « Que sais-je ? »), L’Art-thérapie : un nouveau champ pédagogique et thérapeutique, ou encore Penser l’art-thérapie. Ces livres constituent des références essentielles dans toute bibliothèque d’art-thérapeute francophone.

Les œuvres théâtrales

Mais Jean-Pierre Klein n’est pas qu’un auteur théorique. Il a publié de nombreuses pièces de théâtre, dont certaines ont été jouées sur des scènes professionnelles. Cette pratique d’écriture littéraire nourrit sa pensée théorique : il réfléchit en praticien sur ce qu’il vit en écrivant lui-même.

L’héritage de Jean-Pierre Klein dans l’art-thérapie d’aujourd’hui

Une école française reconnaissable

Grâce à Jean-Pierre Klein et à l’INECAT, il existe aujourd’hui une école française d’art-thérapie identifiable, distincte des écoles anglo-saxonnes. Cette identité spécifique est un acquis précieux. Elle articule rigueur clinique et ouverture aux arts vivants, ce qui n’est pas le cas partout dans le monde francophone d’aujourd’hui un peu partout.

Une influence sur les formations

L’ensemble des formations sérieuses à l’art-thérapie en France — y compris la formation en art-thérapie en présentiel d’Artévie — porte la marque de l’influence kleinienne, ne serait-ce que par la définition qu’elles donnent de la discipline et par les concepts qu’elles transmettent.

Un héritage à faire vivre

L’héritage de Jean-Pierre Klein n’est pas un musée. Il continue d’être discuté, prolongé, parfois discuté par les praticiens contemporains. Cette vie intellectuelle est l’une des marques d’un héritage solide : il n’écrase pas, il invite à penser.

Se former à une art-thérapie marquée par cet héritage

Comprendre Jean-Pierre Klein est essentiel pour qui souhaite exercer l’art-thérapie en France. La formation en art-thérapie en présentiel d’Artévie consacre une partie de son cursus à l’héritage francophone, où Jean-Pierre Klein occupe une place absolument incontournable du parcours de formation à l’art-thérapie en France. Cette dimension nourrit le parcours des personnes en reconversion vers l’art-thérapie.

Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

FAQ

  • Qui est Jean-Pierre Klein ?

Jean-Pierre Klein est un psychiatre, art-thérapeute et écrivain français né en 1939. Fondateur de l’INECAT, il est considéré comme l’un des pères de l’art-thérapie en France et l’une des figures majeures de la discipline dans le monde francophone.

  • Qu’est-ce que l’INECAT ?

L’INECAT (Institut national d’expression, de création, d’art et de thérapie) est l’une des plus anciennes écoles françaises de formation à l’art-thérapie, fondée et longtemps dirigée par Jean-Pierre Klein. Elle a formé des générations d’art-thérapeutes francophones.

  • Que signifie « soigner n’est pas guérir » ?

Cette formule, due à Jean-Pierre Klein, distingue le travail d’accompagnement (soigner) de l’effacement de la maladie (guérir). L’art-thérapie ne promet pas la guérison : elle soutient une transformation intérieure qui permet d’habiter autrement la situation.

  • Quelle définition Jean-Pierre Klein donne-t-il de l’art-thérapie ?

Pour Jean-Pierre Klein, l’art-thérapie est « un accompagnement de personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) à travers leurs productions artistiques ». Cette définition reste l’une des plus utilisées dans le monde francophone d’aujourd’hui un peu partout.

  • Quels livres lire de Jean-Pierre Klein ?

Plusieurs ouvrages sont accessibles, dont L’Art-thérapie dans la collection « Que sais-je ? » des PUF, qui offre une introduction synthétique. Pour aller plus loin, Penser l’art-thérapie propose une réflexion plus approfondie.

  • L’héritage de Jean-Pierre Klein est-il enseigné chez Artévie ?

Oui. La formation d’Artévie consacre une partie de son cursus à l’histoire francophone de l’art-thérapie, où la pensée de Jean-Pierre Klein — et notamment sa célèbre formule « soigner n’est pas guérir » — occupe une place centrale.

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