Palette de couleurs utilisée en chromothérapie

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Chromothérapie : que peut-on attendre de la thérapie par les couleurs ?

Cabines de sauna équipées de LED, ampoules « bien-être » connectées, instituts qui proposent des bains de lumière verte ou orangée : la chromothérapie s’est glissée un peu partout. Sa promesse ? Rééquilibrer le corps et l’esprit en l’exposant à des couleurs choisies. Rouge pour dynamiser, bleu pour apaiser, jaune pour stimuler la digestion. Le discours est séduisant, les brochures sont belles. Mais que valent réellement ces promesses ? Et que risque-t-on à y croire un peu trop ?

Je travaille avec les couleurs tous les jours. Pas de la même façon, cela dit : en art-thérapie, la couleur se choisit, s’étale, se mélange, se rature. Elle ne se reçoit pas allongé sous une lampe. Alors quand mes élèves me demandent ce que vaut la thérapie par les couleurs, je leur réponds en deux temps. D’abord ce que l’on sait, honnêtement, du niveau de preuve. Ensuite ce que les couleurs peuvent vraiment faire pour vous — et c’est déjà beaucoup, à condition de ne pas se tromper de chemin.

La chromothérapie, c’est quoi exactement ?

La chromothérapie propose d’agir sur le bien-être par les couleurs. Disons-le clairement : ses effets thérapeutiques ne sont pas démontrés scientifiquement. En revanche, la couleur est un puissant matériau d’expression : en art-thérapie, choisir et poser une couleur engage l’émotion et le geste, bien au-delà d’une prétendue vertu curative.

La chromothérapie — on dit aussi chromathérapie ou chromatothérapie selon les écoles — désigne un ensemble de pratiques non conventionnelles qui utilisent les couleurs à visée de mieux-être. Concrètement, le praticien projette une lumière colorée sur le corps entier, sur une zone précise ou dans les yeux, à l’aide de lampes munies de filtres. Certaines variantes font porter des lunettes teintées, d’autres appliquent la lumière sur des points d’acupuncture (c’est la « chromopuncture »), d’autres encore travaillent avec des tissus, des huiles ou des aliments colorés.

Le postulat de départ est toujours le même : chaque couleur correspondrait à une vibration, une longueur d’onde, capable d’agir sur un organe, une émotion ou une « énergie » déséquilibrée. Le rouge réchaufferait, le bleu calmerait les inflammations, le vert harmoniserait. Un vocabulaire qui emprunte à la physique — on parle de nanomètres, de spectre, de fréquences — tout en s’en affranchissant dès qu’il s’agit de préciser les protocoles.

Des racines anciennes, une pratique très moderne

Les défenseurs de la chromothérapie aiment rappeler que l’Égypte ancienne aurait soigné dans des temples aux salles colorées, que la médecine ayurvédique indienne associe couleurs et chakras, que Goethe a publié en 1810 un traité des couleurs explorant leur dimension sensible. Tout cela est vrai sur le plan historique. Mais la chromothérapie telle qu’on la vend aujourd’hui est une construction récente : elle doit beaucoup à l’Américain Edwin Babbitt, auteur en 1878 de The Principles of Light and Color, puis à Dinshah Ghadiali qui codifia au début du XXe siècle un système de douze couleurs « thérapeutiques ». En France, plusieurs courants coexistent, chacun avec ses grilles, ses appareils et ses formations privées. Aucun consensus entre eux, d’ailleurs — ce qui, on va le voir, pose déjà problème.

Comment se déroule une séance de chromothérapie ?

En cabinet, la séance commence en général par un entretien : le praticien interroge votre état physique et émotionnel, parfois votre alimentation ou votre sommeil, puis détermine la ou les couleurs « indiquées ». Vient ensuite l’exposition proprement dite : allongé ou assis, vous recevez la lumière colorée pendant dix à trente minutes, sur le corps ou dans les yeux. Certains praticiens combinent avec des sons, des huiles essentielles ou une relaxation guidée. Comptez le prix d’une séance de soin bien-être classique, à régler intégralement de votre poche : aucune prise en charge n’existe.

Et en dehors des cabinets ? La chromothérapie s’est surtout diffusée par le marché du bien-être : spas, jacuzzis, cabines infrarouges, douches « sensorielles », masques LED pour le visage. Là, plus personne ne choisit votre couleur : un programme fait défiler l’arc-en-ciel pendant que vous vous détendez. Un point mérite d’être posé clairement : la pratique n’est pas réglementée en France. Pas de diplôme d’État, pas de cadre légal spécifique, pas de contrôle des appareils vendus au grand public. N’importe qui peut se déclarer chromothérapeute demain matin. Vous aussi.

Ce que dit la science : un niveau de preuve très faible

Autant le dire sans détour : la chromothérapie n’a jamais démontré d’efficacité thérapeutique. L’Association française pour l’information scientifique a publié une analyse détaillée du physicien Sébastien Point, et son constat est sévère. Les recherches dans les grandes bases de données médicales ne font remonter aucune étude clinique sérieuse validant la pratique. Les fameuses douze couleurs thérapeutiques ne sont définies nulle part avec rigueur : pas de longueur d’onde précise, pas de puissance lumineuse spécifiée, pas de durée d’exposition standardisée. Impossible, du coup, de reproduire un protocole — ce qui est la base de toute démarche scientifique.

Le mécanisme d’action supposé pose le même problème. Comment un foie ou un genou « verrait »-il la couleur projetée sur la peau ? Aucun mécanisme biologique connu ne le permet. La perception des couleurs passe par les cônes de la rétine, point. Quant à la notion de « vibration énergétique » des couleurs, elle relève du vocabulaire ésotérique, pas de la physique. L’Académie nationale de médecine ne reconnaît pas la chromothérapie comme une thérapie. Bref : sur le plan des preuves, le dossier est vide.

Faut-il en conclure que les personnes qui en ressortent détendues mentent ? Non. S’allonger trente minutes dans une pièce calme, baigné d’une lumière douce, avec quelqu’un qui s’occupe de vous : cela détend, réellement. Mais cet effet — repos, attention reçue, attente positive, contexte apaisant — n’a rien de spécifique à la couleur projetée. C’est ce que les chercheurs appellent les effets contextuels. Ils sont précieux. Ils ne font pas une thérapie.

Chromothérapie, luminothérapie, photothérapie : ne confondez pas

La confusion est fréquente, et elle est entretenue — volontairement ou non — par le marketing. Or il existe bel et bien des usages médicaux validés de la lumière. Ce sont eux qui donnent à la chromothérapie un vernis de crédibilité qu’elle ne mérite pas. Distinguons :

  • La luminothérapie : exposition quotidienne à une lumière blanche intense (10 000 lux environ), utilisée notamment contre la dépression saisonnière et certains troubles du rythme circadien. Efficacité documentée, pratique encadrée médicalement.
  • La photothérapie néonatale : la lumière bleue utilisée à l’hôpital pour traiter la jaunisse du nourrisson. Un mécanisme biochimique précis, connu, mesurable.
  • Les photothérapies dermatologiques : UVB pour le psoriasis, thérapie photodynamique pour certaines lésions cutanées. Là encore : protocoles, doses, indications validées.
  • La chromothérapie : aucune de ces garanties. Ni indication validée, ni dose définie, ni mécanisme plausible.

Un dernier point, qui n’est pas un détail : certains appareils grand public à LED, notamment bleues, soulèvent des questions de sécurité oculaire quand l’exposition n’est pas contrôlée. Une lumière « douce » pour l’ambiance peut ne pas l’être pour la rétine. Raison de plus pour ne pas improviser.

Ce que les couleurs font réellement à nos états internes

Écarter la chromothérapie ne revient pas à dire que les couleurs ne nous font rien. Elles nous font énormément — mais pas comme le prétendent les grilles « une couleur, un organe ». La psychologie des couleurs observe des effets réels, modestes et surtout très dépendants du contexte. Le bleu d’une chambre n’agit pas comme le bleu d’un logo de banque. Le blanc évoque le mariage ici, le deuil ailleurs. Et votre vert préféré n’est probablement pas celui de votre voisine, parce qu’il charrie vos souvenirs à vous : une maison d’enfance, un maillot d’équipe, une blouse d’hôpital. J’ai consacré un article entier à ce que recouvrent les couleurs et l’énergie qu’on leur prête, si vous voulez creuser.

La recherche sur les émotions confirme ce lien intime entre ressenti et représentation. Les travaux de Robert Plutchik ont proposé une roue des émotions où chaque famille émotionnelle se décline en intensités — et spontanément, nous lui associons des teintes. L’équipe de Lauri Nummenmaa a cartographié, auprès de 701 volontaires, les zones du corps où chaque émotion est ressentie : colère qui monte au visage, tristesse qui vide les membres. Ces cartes corporelles, mes élèves les redécouvrent à chaque exercice de peinture. La couleur est un langage émotionnel puissant. Simplement, c’est un langage personnel, pas une pharmacopée universelle.

La couleur en art-thérapie : un matériau d’expression, pas un remède

Voilà le renversement qui change tout. En chromothérapie, vous recevez la couleur, passivement, comme un médicament lumineux. En art-thérapie, vous la choisissez, vous la posez, vous la grattez, vous la recouvrez. Elle devient le support d’un travail psychique actif, dans un cadre défini, avec un professionnel formé. « En art-thérapie ce n’est ni le talent, ni le résultat esthétique de la production qui compte, mais le processus de création en lui-même », comme le formule le polycopié Artévie (Module 0). Le rouge que vous écrasez sur la feuille un jour de colère ne « soigne » pas votre colère par vibration : il lui donne une forme, une existence hors de vous, que vous pouvez regarder et mettre en mots.

C’est ce que nous appelons la fonction d’expression, l’une des sept fonctions thérapeutiques enseignées dans notre cursus : offrir un espace où déposer son vécu sans avoir à le dire verbalement. Et surtout, l’art-thérapeute ne dégaine jamais de dictionnaire des couleurs. Un ciel noir n’est pas « un signe de dépression » ; les symboles d’une production sont toujours lus « en lien avec l’histoire de vie du patient », jamais de manière rigide, insiste le polycopié Artévie (Module 1). Cette prudence-là fait précisément la différence entre un accompagnement sérieux et une grille plaquée. C’est un savoir-faire qui s’apprend, au fil d’une formation en art-thérapie structurée, avec de la pratique supervisée.

« J’avais testé la chromothérapie dans un institut, trois séances sous une lampe verte. C’était agréable, je ne dirai pas le contraire, mais ça ne changeait rien à mes insomnies. Ce qui m’a fait du bien, finalement, c’est de peindre mes nuits — des grands fonds bleu nuit avec des taches jaunes, toujours au même endroit de la feuille. Mon art-thérapeute ne m’a jamais dit ce que ça voulait dire. Elle m’a aidée à trouver mes propres mots. Je ne dors pas encore comme un bébé, mais je me couche sans appréhension. »

Nathalie, 47 ans, ancienne infirmière, Besançon

Un exercice à tester : la roue des émotions en couleurs

Plutôt que de recevoir des couleurs, essayez d’en produire. Voici un dispositif que nous enseignons dans notre module sur les fonctions thérapeutiques — en séance, il occupe deux heures pleines ; chez vous, comptez une bonne demi-heure pour une version simple. Il vous faut une feuille avec un grand cercle divisé en quartiers, des pastels ou des crayons de couleur, et un moment tranquille.

  • Coloriez la roue selon vos émotions du moment, en partant du centre vers l’extérieur. Ne réfléchissez pas trop : prenez la couleur qui vient.
  • Une fois la roue remplie, nommez chaque couleur : quelle émotion avez-vous déposée là ? Écrivez le mot à côté du quartier.
  • Repérez une émotion qui vous pèse. Sur une feuille à part, écrivez ce qui s’y rattache — puis déchirez cette feuille, ou brûlez-la prudemment. Le geste compte.
  • Revenez à votre roue et complétez-la de quelques phrases positives, à conserver quelque part où vous les reverrez.

Vous remarquerez une chose : personne n’a besoin de vous dire quelle couleur correspond à la tristesse. Votre main le sait. Et si l’exercice vous parle, le mandala en art-thérapie prolonge très bien ce travail du cercle et des couleurs — avec, là aussi, quelques études intéressantes à la clé.

Alors, faut-il essayer la chromothérapie ?

Si une séance sous lumière colorée vous détend, que vous y allez pour le plaisir et que le budget ne vous pèse pas, il n’y a pas de police du bien-être. Ce moment de calme est réel. Mais gardez trois repères. Un : ne laissez jamais la chromothérapie remplacer ou retarder une consultation médicale — c’est sur ce terrain que les pratiques sans preuve deviennent dangereuses. Deux : méfiez-vous de quiconque prétend traiter une maladie, un organe ou un « blocage énergétique » avec des lampes. Trois : rapportez le coût cumulé des séances à ce qu’elles vous apportent vraiment.

Et si c’est le lien entre couleurs et émotions qui vous attire — c’est souvent ça, au fond —, la piste créative est plus solide et plus durable. Le rapport publié par l’OMS Europe en 2019, qui synthétise plus de 900 études, conclut que les activités artistiques ont une influence positive mesurable sur la santé physique et mentale, tout au long de la vie. Peindre, colorier, modeler : la couleur y est vécue de l’intérieur, pas administrée de l’extérieur. La nuance a l’air mince. Elle est essentielle.

Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

FAQ

  • La chromothérapie est-elle reconnue en France ?

Non. Elle n’est reconnue ni par l’Académie nationale de médecine, ni par l’Assurance maladie, et aucun diplôme d’État n’encadre le titre de chromothérapeute. Les formations existantes sont privées, sans référentiel commun. Elle relève du champ du bien-être, pas du soin.

  • Quelle couleur choisir pour calmer l’anxiété ?

Aucune couleur ne calme l’anxiété de façon universelle. Les associations couleur-émotion sont personnelles et culturelles. En revanche, une activité créative régulière autour des couleurs — coloriage structuré, peinture libre — montre des effets apaisants documentés. C’est l’activité qui agit, davantage que la teinte.

  • Quelle différence entre chromothérapie et luminothérapie ?

La luminothérapie utilise une lumière blanche intense, à dose précise, contre la dépression saisonnière notamment : son efficacité est documentée et sa pratique encadrée. La chromothérapie projette des lumières colorées selon des grilles symboliques sans validation scientifique. Le nom se ressemble, le statut n’a rien à voir.

  • La chromothérapie est-elle dangereuse ?

La séance en elle-même est généralement inoffensive, hors exposition oculaire mal contrôlée à certaines LED. Le vrai risque est indirect : retarder un diagnostic ou un traitement en croyant « traiter » un symptôme par les couleurs. Tout symptôme persistant doit d’abord être vu par un médecin.

  • L’art-thérapie utilise-t-elle la chromothérapie ?

Non. L’art-thérapie ne projette pas de couleurs sur les personnes : elle leur propose d’en produire, dans un cadre thérapeutique défini, au sein de la relation entre le patient, sa production et le thérapeute. La couleur y est un matériau d’expression symbolique, jamais un agent de traitement.

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