Comment l’art-thérapie aide-t-elle à mieux gérer la schizophrénie ?
Par Cathia Boucheron
TEMPS DE LECTURE : 5 minutesTrouble complexe et méconnu, la schizophrénie demande un accompagnement sur mesure. L’art-thérapie, en complément du suivi médical, propose un autre langage, fait de formes, de couleurs et de sons. Voici comment cette approche fonctionne, ses bénéfices concrets, et comment s’y former pour accompagner avec créativité et sens.
Qu’est-ce que la schizophrénie ?
La schizophrénie est un trouble psychiatrique chronique qui affecte environ 600 000 personnes en France et près de 1 % de la population mondiale. Elle se manifeste par des épisodes de délires, d’hallucinations, mais aussi par un isolement social, une perte de motivation et des troubles cognitifs.
Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’un dédoublement de personnalité. C’est une altération du rapport à la réalité, souvent difficile à vivre au quotidien. La maladie débute généralement entre 15 et 25 ans, avec des formes parfois plus précoces et sévères chez les hommes. Chaque personne présente des symptômes et une évolution différents.
Le traitement repose sur une approche pluridisciplinaire combinant médicaments, accompagnement psychologique et thérapies de soutien. C’est dans cette optique que des approches complémentaires, comme l’art-thérapie, trouvent toute leur place. De plus en plus de professionnels choisissent de suivre une formation en art-thérapie pour mieux accompagner ces patients sur le long terme.
Pourquoi l’art-thérapie est-elle adaptée à la schizophrénie ?
L’art-thérapie s’avère particulièrement pertinente dans l’accompagnement de la schizophrénie, car elle offre un espace d’expression non verbal à des personnes dont le lien à la réalité et aux autres est souvent altéré. Par le dessin, la peinture ou le modelage, le patient peut déposer ses émotions, symboliser ses angoisses ou retrouver un sentiment de contrôle sur son univers intérieur.
Cette approche non intrusive favorise la communication, l’estime de soi et la réduction de l’anxiété. Elle s’inscrit dans une démarche globale, visant à améliorer la qualité de vie des personnes affectées par une psychose, en complément des traitements médicaux et psychothérapeutiques classiques.
Des études ont notamment montré une baisse significative du taux de cortisol (appelé aussi “hormone du stress”) chez 75 % des patients après des exercices d’art-thérapie de 45 minutes.
Quelles formes d’expression utiliser en art-thérapie ?
En art-thérapie, plusieurs formes d’expression sont proposées selon les besoins et les capacités de la personne schizophrène :
- dessin et peinture : pour exprimer librement émotions, hallucinations ou angoisses sans passer par la parole ;
- sculpture et modelage : pour apaiser le corps, développer la motricité et renforcer la présence à soi ;
- musique : pour canaliser les tensions, stimuler la mémoire et encourager la socialisation ;
- danse thérapie et mouvement : pour réinvestir le corps, relâcher les blocages et libérer les émotions ;
- écriture : pour structurer sa pensée, donner du sens à ce qui est vécu ;
- dramathérapie et jeu théâtral : pour explorer les conflits internes via le rôle et l’imaginaire, sans mise en danger.
Comment se déroule une séance d’art-thérapie pour une personne schizophrène ?
Les séances d’art-thérapie pour personnes schizophrènes sont pensées avec un cadre précis : environnement calme, matériel accessible, et médiation artistique adaptée.
Après un temps d’accueil, le patient entre dans l’activité par une consigne claire et simple. Les créations sont libres, sans attente esthétique. La verbalisation est possible, mais jamais obligatoire. L’objectif : permettre une expression sécurisée, restaurer la relation à soi et à l’autre.
En individuel, la séance favorise la concentration et le repérage des émotions. En groupe, elle encourage l’interaction sociale et le sentiment d’appartenance, à condition que le groupe reste restreint et encadré. Des ajustements sont indispensables pour tenir compte des troubles cognitifs ou de la désorganisation psychique.
Quels bienfaits apporte l’art-thérapie ?
L’art-thérapie apporte de nombreux bienfaits aux personnes atteintes de schizophrénie. En stimulant la créativité, elle aide à structurer la pensée, apaiser les tensions internes, et lutter contre le repli social. L’acte de créer devient un ancrage, une manière de reprendre contact avec soi et avec les autres.
En séance individuelle ou collective, cette pratique favorise la concentration, renforce l’estime de soi et offre un espace sécurisé pour s’exprimer autrement que par la parole. Elle permet aussi de mobiliser les ressources internes du patient et de recréer une dynamique psychique.
En dehors de la schizophrénie, l’art-thérapie peut accompagner une grande variété de troubles (autisme, addictions, anxiété, dépression, maladies chroniques, troubles de l’attachement…).
Elle s’adresse aussi à toute personne souhaitant renforcer sa confiance, mieux gérer ses émotions ou explorer ses ressentis de façon créative.
Quelles limites connaître en art-thérapie pour la schizophrénie ?
L’art-thérapie peut être un soutien précieux dans la schizophrénie, mais elle présente certaines limites. Elle ne remplace pas un traitement médical et reste contre-indiquée en phase aiguë ou délirante, où le cadre thérapeutique peut être difficile à maintenir. Le travail doit être ajusté au rythme et à la stabilité du patient.
Le thérapeute doit être formé à la psychose et idéalement intégré à une équipe pluridisciplinaire. Des précautions sont nécessaires, notamment éviter les métaphores, souvent interprétées au pied de la lettre.
Enfin, son efficacité mérite encore d’être mieux documentée par la recherche scientifique.
Comment se former à l’accompagnement en art-thérapie ?
Pour devenir art-thérapeute, une formation solide est indispensable. Il est recommandé de choisir un parcours certifié, alliant pratiques artistiques, psychologie, psychopathologie et stages pratiques.
Le Diplôme Universitaire (DU) d’art-thérapie, proposé par certaines facultés de médecine (Grenoble, Lille), ou les formations certifiantes de l’INECAT, de l’IRFAT ou de l’Afratapem mènent à un titre de niveau 6 inscrit au RNCP. Ces formations sont accessibles après un Bac + 4, mais certains cursus permettent une reconversion professionnelle.
Des profils comme les psychologues, soignants ou artistes choisissent aussi de se spécialiser. Ces formations préparent à intervenir auprès de divers publics, y compris les personnes atteintes de schizophrénie, avec un cadre éthique et des outils adaptés.
Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
Source : https://www.inserm.fr/dossier/schizophrenie/
FAQ
À quel âge commencer l’art-thérapie pour la schizophrénie ?
L’art-thérapie peut débuter dès l’adolescence, période où les premiers symptômes de la schizophrénie apparaissent souvent. Elle s’adapte à l’âge et aux capacités de chacun, et peut être intégrée à tout moment dans le parcours de soins.
Quelle différence entre art-thérapie et thérapies comportementales ?
L’art-thérapie mise sur l’expression créative pour favoriser la transformation intérieure, sans objectif comportemental direct. Les thérapies comportementales (TCC), elles, visent à modifier des pensées ou comportements problématiques via des techniques structurées. Les deux approches peuvent être complémentaires selon les besoins.
La musique ou la danse sont-elles aussi adaptées ?
Oui, la musique et la danse sont adaptées à l’art-thérapie. Elles permettent de s’exprimer sans passer par la parole, d’apaiser les tensions et de mieux habiter son corps. Ces approches favorisent aussi la créativité, la confiance et le lien social.
Quels signes montrent que l’art-thérapie fonctionne ?
Des signes comme une baisse de l’anxiété ou dépression, une meilleure expression des émotions, un regain d’intérêt pour les activités ou une plus grande interaction sociale peuvent indiquer que l’art-thérapie apporte un mieux-être. L’évolution se fait souvent par petits pas, mais reste visible.