
Trouble de l’apprentissage : mieux comprendre pour mieux accompagner
Par Cathia Boucheron
TEMPS DE LECTURE : 7 minutesSelon le ministère de la Santé, 5 à 6 % des enfants seraient concernés par les troubles de l’apprentissage. Les « Dys » sont des troubles graves et durables auxquels sont confrontés certains enfants et qui posent des difficultés dans l’apprentissage à l’école ou dans les activités extrascolaires. Sans accompagnement, ces troubles peuvent persister à l’âge adulte. Mieux les comprendre permet de trouver des solutions adaptées.
Qu’est-ce qu’un trouble de l’apprentissage ?
Les troubles de l’apprentissage sont des troubles neurodéveloppementaux d’origine neurologique qui se développent durant l’enfance. Ils sont provoqués par un déficit de l’attention, de la réflexion ou de la mémoire mais ils sont différents du déficit intellectuel.
Le trouble de l’apprentissage est une incapacité à assimiler et utiliser des informations. Les enfants concernés sont confrontés à des difficultés à lire, à écrire, à calculer, à parler ou à se concentrer. Ce dysfonctionnement conduit à des échecs scolaires et constitue un véritable handicap pour certains.
Les professionnels de santé distinguent le retard d’apprentissage du trouble d’apprentissage. Le premier est un décalage temporaire dans l’acquisition d’une aptitude supposant un rattrapage. Le second est un dysfonctionnement parfois sévère et chronique.
Un accompagnement adapté comme les consultations avec un orthophoniste, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou l’art-thérapie apporte des résultats positifs chez l’adulte et chez l’enfant.
Il existe différents types de troubles d’apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie ou dysphasie) souvent associés à des comorbidités comme le TDAH (Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou le TAG (Trouble anxieux généralisé).
Quels sont les troubles d’apprentissage les plus fréquents ?
Dyslexie : trouble de la lecture
La dyslexie est le trouble de l’apprentissage le plus connu.
Elle concerne la difficulté de l’apprentissage de la lecture qui se manifeste ainsi :
- Problème d’association des lettres et des sons,
- Difficulté à comprendre un mot entier.
Ce trouble conduit à une lenteur dans la lecture, à buter sur les mots, à faire des erreurs ou des oublis.
La dyslexie est souvent en lien avec l’orthographe et un déficit de l’expression écrite.
Dysorthographie : trouble de l’écriture
La dysorthographie ou trouble de l’apprentissage de l’écriture affecte les capacités à utiliser les règles orthographiques, la conjugaison et les accords grammaticaux.
Ce trouble est fréquemment couplé à la dyslexie.
Dyscalculie : trouble des mathématiques
La dyscalculie ou trouble d’apprentissage en mathématiques se caractérise par des problèmes lors de l’utilisation des chiffres et des nombres : calcul, comptage, évaluation des quantités, etc.
Les apprentissages spécifiques des compétences arithmétiques sont affectés, conduisant à un déficit souvent associé à un trouble du langage ou de la coordination.
Dyspraxie : trouble de la coordination
La dyspraxie affecte les facultés motrices de l’enfant. Elle entrave le développement des fonctions de planification, de programmation et de coordination des gestes plus ou moins complexes.
L’écriture est impactée – provoquant fréquemment une dysorthographie – car l’enfant contrôle difficilement ses gestes lors de la formation des lettres.
L’attention accrue portée à dessiner les éléments graphiques perturbe l’attention qui devrait être simultanément portée à l’orthographe ou à la grammaire.
Dysphasie : trouble du langage oral
Un enfant présentant des difficultés de prononciation, de vocabulaire ou de syntaxe est affecté par un trouble du langage oral appelé dysphasie.
Le problème d’apprentissage se retrouve au niveau de la pratique orale, impliquant des perturbations pour la composition des phrases.
Dès lors, la prise de parole se traduit par un échec de communication conduisant l’enfant à s’effacer et à restreindre ses relations sociales avec ses camarades et/ou avec les adultes.
Ce trouble entraîne également des difficultés de compréhension.
Quelles sont les causes possibles ?
Le trouble de l’apprentissage n’est ni une maladie ni un manque de motivation de la part de la personne affectée, il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire une perturbation du développement cognitif.
Les dysfonctionnements de l’apprentissage ne sont pas liés à l’intelligence, à l’environnement social ou scolaire, au système d’éducation, et ne sont pas déclenchés par des affectations physique (vue, ouïe) ou psychiatriques.
Les facteurs génétiques ont un impact sur les capacités d’apprentissage telles que la dyslexie. Plusieurs gènes impliqués dans la faculté d’apprentissage ont un impact sur le cortex cérébral et les processus neuronaux.
Les troubles de l’apprentissage peuvent également se déclencher dans le cadre d’un autre trouble de l’apprentissage, par exemple la dyslexie qui coexiste avec la dysorthographie. Les comorbidités comme le TDAH (Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) jouent également un rôle dans le développement de ces dysfonctionnements.
Les facteurs environnementaux ne sont pas responsables du déclenchement des troubles de l’apprentissage mais ils peuvent avoir un impact aggravant :
- Un niveau socioculturel pauvre,
- Un environnement familial peu stimulant,
- Un manque d’accès aux outils pédagogiques (livres, loisirs créatifs).
Quels sont les signes à surveiller à tout âge ?
Les « dys » sont qualifiés par la CIM (Classification internationale des maladies publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sous le code :
- DSM-5 pour les troubles spécifiques des apprentissages,
- CIM-10 pour les troubles spécifiques du développement des acquisitions scolaires.
Les troubles de l’apprentissage peuvent être identifiés en posant un diagnostic suite à la réalisation de tests spécifiques :
- BSEDS : Bilan de Santé Évaluation du Développement pour la Scolarité,
- ERTLA6 : Épreuve de Repérage des Troubles du Langage et des Apprentissages à 6 ans,
- BREV : Batterie Rapide d’Évaluation des fonctions cognitives,
- ODEDYS : Outil de Dépistage des Dyslexies,
- Alouette : Définit un âge de lecture,
- Lobrot 3 : Lecture et compréhension de phrases.
Le professionnel de santé s’assure en premier lieu que les difficultés ne sont pas liées à une déficience intellectuelle ou physique (vue ou audition) ou à un syndrome psychiatrique.
Les manifestations de certains signes représentatifs et persistants des troubles de l’apprentissage sont à surveiller :
- Difficultés électives : résultats insuffisants ou dégradation des résultats dans une matière scolaire en particulier (lecture, écriture, orthographe, calcul) ou globalement.
- Retard scolaire : décalage d’apprentissage au regard du niveau scolaire attendu.
Pour chaque trouble, les signes de repérage sont caractéristiques :
- Dyslexie/Dysorthographie
- Difficultés à différencier les sons et confusion entre les lettres, par exemple “b” et “p” ou “t” et “d”
- Confusion visuelle des lettres, par exemple “b” et “d” ou “m” et “n”
- Lenteur de lecture
- Difficulté de découpage des mots, omission de syllabes
- Dyscalculie
- Difficulté de mémorisation des problèmes arithmétiques
- Difficulté d’apprentissage des tables de multiplication
- Transcodage des nombres, par exemple 20 devient 1002
- Dyspraxie
- Difficultés dans le domaine graphique : dessin peu soigné, représentations sommaires, incapacité à tracer une figure géométrique
- Difficultés pour écrire les chiffres et les lettres, écriture déformée (dysgraphie)
- Problèmes de manipulation des outils (compas, règles, ciseaux)
- Dysphasie
- Paroles indistinctes
- Mots déformés
- Phrases mal composées
Plus le dépistage est réalisé tôt, plus la prise en charge sera efficace. Une identification précise permet au médecin et aux services de santé de proposer un parcours de soins adapté.
Quelles méthodes pour un accompagnement efficace ?
Les troubles de l’apprentissage sont durables mais il existe des méthodes d’accompagnement pour développer les capacités d’acquisition de la connaissance de l’enfant :
- Adaptation pédagogique à l’école en concertation avec le personnel d’éducation scolaire.
- Orthophonie : séances de rééducation avec un auxiliaire de santé spécialisé dans l’expression orale.
- Psychomotricité : optimisation des interactions entre motricité et psychisme via un programme dispensé par un professionnel de santé.
- Ergothérapie : rééducation des facultés de déplacement et d’organisation avec un auxiliaire de santé spécialisé.
- Orthoptie : rééducation de la vision prodiguée par un professionnel paramédical.
- Psychologue : analyse et accompagnement des problèmes relatifs aux sentiments et au comportement.
Ces méthodes d’accompagnement paramédicales peuvent être associées à des méthodes alternatives pédagogiques plus ludiques et créatives pour l’enfant.
Par exemple, les exercices d’art-thérapie en associant dessin, sculpture, danse, chant, etc., apportent des bienfaits notoires pour différents « dys » : dyslexie/dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie ou dysphasie.
Les professionnels s’assureront que l’enfant n’est pas sujet à d’autres troubles de type trouble de l’attachement, TOC (Trouble obsessionnel compulsif), anxiété ou dépression, ou d’autres traumatismes.
Comment se former pour accompagner au mieux ?
Les troubles de l’apprentissage sont des troubles complexes à prendre au sérieux. Un coach se doit de suivre une formation adaptée pour accompagner au mieux l’enfant à surmonter ses difficultés.
Les méthodes alternatives aux méthodes médicales ou paramédicales sont bénéfiques à condition que l’accompagnateur ait suivi un programme dédié à la pathologie et spécifiquement aux enfants. Sans formation particulière, l’aide peut aggraver les difficultés de l’enfant à lire, écrire, calculer ou parler.
L’art-thérapie est une méthode douce et ludique qui utilise les arts sous toutes leurs formes (dessin, danse, chant, etc.) pour aider les personnes en souffrance à se sentir mieux. Une formation en art-thérapie dispensée dans une école d’art-thérapie offre la possibilité à un coach ou un art-thérapeute d’utiliser les arts pour accompagner un enfant dyslexique ou affecté de dyscalculie.
Note : Cette technique n’est pas une pratique médicale et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ
Quelle différence entre orthophoniste et coach ?
L’orthophoniste est un auxiliaire de santé dont les soins sont prodigués sur prescription médicale (médecin généraliste ou spécialiste : ORL (oto-rhino-laryngologiste), pédiatre, psychiatre, etc.). L’orthophoniste travaille à rééduquer la voix, la parole ou le langage dans le cas de trouble de l’expression orale. La profession de coach ne relève pas du secteur de la santé et ne peut pas se substituer aux soins médicaux. En revanche, il peut travailler conjointement avec un orthophoniste dans le cadre d’un programme de rééducation. Un accompagnement par un coach en art-thérapie pour enfants pourra compléter des séances d’orthophonie.
Peut-on cumuler plusieurs troubles d’apprentissage ?
Un trouble de l’apprentissage est souvent lié à un autre trouble de l’apprentissage. La dyslexie, trouble de la lecture, est souvent associée au trouble de l’écriture, la dysorthographie. La capacité à lire étant altérée, l’expression écrite est naturellement affectée.
De même, la dyscalculie (trouble des mathématiques) impacte souvent les capacités de coordination, entraînant une dyspraxie (trouble de la coordination).
Les troubles d’apprentissage évoluent-ils avec le temps ?
Sans accompagnement, l’enfant verra son trouble s’aggraver et persister à l’âge adulte. On ne « guérit » pas les troubles de l’apprentissage. Les programmes d’aide aux enfants leur permettent de développer leur capacité d’apprentissage pour que leur trouble impacte le moins possible leur vie sociale, scolaire et familiale.
L’alimentation et le sommeil ont-ils un impact ?
Une bonne hygiène de vie est indispensable pour donner toutes ses capacités à l’enfant et lui permettre de réussir. Une alimentation saine et équilibrée pauvre en sucre et en matières grasses et riche en acides gras essentiels favorise l’apprentissage. De même qu’un sommeil réparateur lui permet d’avoir toutes ses facultés de concentration. Une chambre au calme sans écran permet de mieux dormir.